« Le sens de l’existence terrestre ne se trouve pas, comme nous l’avons appris, dans la prospérité, mais dans le développement de l’âme. »
Aleksandr Solzhenitsyn
« Donner un sens à sa vie est la récompense d’un travail intérieur, patient, incessant que l’homme a entrepris de faire sur lui-même. »
Omraam Mikhaël Aïvanhov
« L’homme ne peut supporter une vie dénuée de sens. »
Carl Gustav Jung
Le sens de l'existence en fin de vie
Jean Grondin
Jean Grondin (né le 27 août 1955 à Cap-de-la-Madeleine) est un philosophe
et un professeur québécois. Il est un spécialiste de la pensée d'Emmanuel Kant,
de Hans-Georg Gadamer et de Martin Heidegger. Il l'est aussi de Paul Ricœur, de
la philosophie de la religion et grand spécialiste de l'herméneutique. Ses
recherches portent principalement sur l'herméneutique, la phénoménologie, la
philosophie classique
« La
question du sens de la vie se pose à tout être humain, mais elle se pose de
manière plus aiguë lorsqu’on se trouve en fin de vie. Les questions se
bousculent alors dans notre tête.
Est-ce que l’existence humaine rime à quelque
chose ? Est-ce que ma vie a signifié quelque chose ? Y a-t-il une vie
après la mort ? Quel type de réponse peut-on espérer ?
Tout
dépend bien sûr de la manière dont on aborde la question du sens de la vie.
Celle-ci peut s’entendre selon des angles différents qui ont tout à voir avec
les multiples sens de la notion de sens.
Le
terme de sens renvoie à l’idée de signification : le sens d’un mot dans un
dictionnaire, le sens d’un monument, d’une œuvre d’art. Le sens désigne ici ce
qui permet de comprendre quelque chose et ce qu’il y a « derrière
elle » d’une certaine manière. Le sens possède aussi un sens
directionnel : le sens des aiguilles d’une montre. Ce sens s’applique
aussi à la question du sens de la vie : où la vie nous mène-t-elle ?
La
notion de sens renvoie enfin à une certaine sensibilité : les cinq sens,
le sens que l’on peut développer pour la musique, le sens de l’humour (lequel
ne peut pas nuire en fin de vie). Est-il possible de développer un sens
particulier pour la vie au soir de nos tribulations ?
Donner un sens
Ma vie
a-t-elle signifié quelque chose ? La question ainsi posée en fin de vie
est nécessairement rétrospective ; ce qu’on veut alors savoir, c’est si
notre vie a laissé une petite trace, si elle a servi à quelque chose. Tous
n’ont pas inventé la pénicilline ou reçu un prix Nobel de la paix, mais quand
on pense au sens significatif de la vie, on ne songe pas seulement aux
réalisations extérieures. On pense aux êtres qui comptent pour nous, ceux que
l’on a aimés ou pas assez aimés.
Quand
je me pose la question du sens de ma vie, je me demande ce qu’elle a
signifié pour ceux qui m’entourent : ai-je été un mari supportable, ai-je
apporté quelque chose à mes compagnons de travail, à mes amis, à ma
communauté ? La question essentielle que l’on se pose quand la fin
approche est celle de l’amour. Ai-je assez aimé ?
En
second lieu, loin derrière, on peut aussi être fier de ses réalisations.
L’essentiel est d’avoir accompli certaines choses qui ont donné un sens à notre
vie. Donner un sens veut dire que ces activités ont conduit à un embellissement
et une certaine effervescence de la vie. On peut dire que c’est là la partie
« bilan » du sens de la vie. La question du sens de la vie est aussi
prospective : et après ?
La mort
Le
sens, ce n’est pas seulement ce qu’il y a derrière la vie, c’est aussi ce qu’il
y a devant elle. Naturellement, le terme de la vie, c’est la mort. Mais si on
se pose la question du sens, c’est qu’on se demande si la mort est la fin de
tout. Si c’est le cas, il se pourrait que tout soit insensé et que l’homme ne
soit qu’une « passion inutile » selon l’expression foudroyante de
Jean-Paul Sartre. Or personne ne sait avec certitude si la mort est la fin
ultime, pas même Sartre.
Une
seule chose est certaine, c’est que l’humain est un être d’espoir et qu’il lui
est difficile d’accepter que la mort soit un mur ou un gouffre. L’humain vit
d’espoir et l’espoir fondamental de l’humanité et d’une vie sensée est que la
vie conduit à quelque « sur-vie ».
Les
grandes religions donnent voix à cette espérance directrice. Comment justifier
cet espoir fou ? Il n’y a pas ici de « preuves », mais l’un des
indices que la vie humaine est peut-être sensée et qu’elle mène à une forme de
« sur-vie » réside depuis toujours dans l’impressionnante finalité de
l’ordre des choses qui ne peut pas ne pas susciter notre émerveillement.
Comment
expliquer, par exemple, l’invraisemblance de l’émergence de la vie, et de la
vie intelligente, ou le chef-d’œuvre du corps humain ? Comment tout cela
a-t-il vu le jour ? Par le fait du hasard ? Explication paresseuse,
car si le hasard a pu engendrer un monde et une vie qui débordent d’ingéniosité
et de sens, il faut croire qu’il n’était pas si aveugle que ça.
Religions
Les
principaux philosophes et les religions ont fondé les plus puissants espoirs
sur cette évidence : si le monde renferme autant de sens, il est aussi
permis d’espérer que c’est le cas de la destinée humaine. Ne dédaignons pas la
soif qu’ont des patients en fin de vie pour la spiritualité : elle est
très sensée et justement parce qu’elle reconnaît un grand sens à la vie
humaine.
Le sens
réside ainsi dans les significations qui portent la vie, en commençant par
l’amour reçu et donné, dans l’espoir d’un sens au-devant de la vie, mais il réside
tout autant dans une certaine sensibilité que l’on peut développer pour la vie
elle-même, surtout en fin de vie.
Nous
sommes happés par le vortex des obligations, professionnelles et personnelles,
du train-train quotidien, et nous prenons trop peu le temps de nous arrêter
pour savourer le miracle incroyable de la vie elle-même. Nous avons la chance
inouïe d’avoir reçu le don de l’existence et, à la différence de l’abeille ou
du chou-fleur, nous pouvons nous en rendre compte et nous en émerveiller. C’est
une expérience qui a le don de relativiser nos petites mesquineries et nous
remplir de gratitude devant le prodige et la beauté de la vie. C’est
certainement une expérience privilégiée — et un sens de la vie — que les
personnes en fin de vie peuvent développer et transmettre à ceux qui sont trop
occupés pour s’y arrêter. »
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"Le Chemin comprend deux aspects, un aspect
d’effacement de soi et un autre aspect d’affirmation de soi. Tant que vous
n’aurez pas tiré cette apparente contradiction au clair, vous serez mené par le
mental et vous ne pourrez pas vraiment progresser."
« Le Chemin demande une affirmation de soi que
vous ne pouvez même pas imaginer, même pas soupçonner. Et, en même temps, le
Chemin demande un effacement de tout ce qui rapetisse, corrompt, dégrade,
amenuise le Soi.
Swamiji s’adressait à un homme dont l’ego était plus
ou moins mal en point et qui n’avait pas pu grandir et s’affirmer parfaitement.
Une affirmation de soi est nécessaire, juste et normale et il ne faut pas la
considérer comme un péché, un vice ou une marque d’égoïsme.
Si un enfant n’a pas été assez aimé, reconnu, aidé,
apprécié, s’il a été critiqué, blessé par des paroles désobligeantes, des
comparaisons, s’il s’est senti seul, incompris, il doute de lui. Il vit sans avoir
vraiment confiance en sa vie et je dirais même sans oser vivre vraiment, comme
s’il n’était pas convaincu qu’il a le droit d’exister, que son existence est
très importante et qu’il a sa place au soleil.
Se nier soi-même, douter de soi, c’est nier le Soi, c’est douter du Soi, c’est donc une attitude blasphématoire et sacrilège. »
Arnaud Desjardins
« Les yeux de l’esprit ne commencent à être perçants que quand ceux du corps commencent à baisser. »
Platon

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