Juste
un entre deux
On
ne peut connaître réellement que ce qui nous arrive au cours de notre
existence. C’est le seul mode de connaissance directe et authentique, la
connaissance vécue. Tout le reste n’est qu’information ou témoignage.
La
mort est la dernière connaissance directe qui nous soit donnée, sans doute la
plus difficile et la plus effrayante. Parce que, tout au long de sa vie, on se
croit immortel, par inconscience ou par peur de cette issue fatale, on ne se
prépare pas à affronter la mort, notre mort.
Tout
a commencé par « Je suis né » et tout se termine par « Je suis
mort ».
Apprendre
qu’une maladie incurable est à l’œuvre au sein de notre organisme nous oblige à
affronter les conditions de notre mortalité. Dans ce face-à-face, nos expériences
passées et leurs connaissances acquises ne pèsent plus rien devant notre
impuissance.
Peut-on se battre contre sa mort ?
Sûrement pas, puisque notre défaite est inscrite.
« Le
frôlement du il y a c'est
l'horreur » a écrit le philosophe Emmanuel Levinas. Et c’est bien là notre
programme. Il y a bien la mort comme terme de la vie, et il y a surtout ma mort
pour conclure mon existence. Comment éviter que notre mort devienne une
horreur. Angoisse et vulnérabilité engendrent la frayeur et la panique, la peur
de l’inconnu augmentant ce sentiment.
Quelle
doit être mon attitude face à ma mort ? Je dois impérativement conserver
mon calme et la maîtrise de moi-même. Et pour ce faire je dois ignorer la peur
et la soumettre par l’acceptation. La mort est inéluctable, donc la seule
solution logique consiste à l’accepter en me donnant les moyens de mieux la
connaître. Je dois découvrir la signification profonde de cette étape de la vie
pour réussir ma mort.
Quand
je suis né, je suis arrivé dans un corps physique. A ma mort, je vais quitter
ce corps physique usé. Mais avant ma naissance, mon être était bien quelque
part en tant qu’essence purement spirituelle. Après ma mort je devrais donc
retrouver cet état désincarné et continuer mon évolution spirituelle. Mourir
c’est faire un passage dans un sens inverse à celui de la naissance, c’est
aussi simple que cela. Je dépose mon corps physique et réintègre le domaine des
énergies libérées des contraintes de l’incarnation.
Vu
sous cet angle, il n’y a plus de raison d’avoir peur. Bien au contraire, je
vais retrouver la réminiscence de mes états antérieurs en abandonnant l’amnésie
imposée lors de ma naissance.
Je
ne suis plus tout à fait moi et je ne suis pas encore totalement l’autre. C’est
tout l’art du passage. Se quitter pour se redécouvrir. Sans se perdre.
Juste
un entre deux, d’une ligne de vie à la mort en ligne.
Et
si je réussis mon passage, peut-être obtiendrai-je la sagesse.
Je vous le ferai savoir alors.
"Le
sage ne craint pas la mort" disait Epicure.
A
suivre …
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«
Quand le lointain se rapproche trop, c'est le proche qui s'éloigne ou devient
confus. Quand le fantôme devient réel, c'est le réel qui devient fantomatique.
»
Günther
Anders
«
On naît. On meurt. C'est mieux si entre les deux on a fait quelque chose. »
Francis
Bacon
Philosophe,
Scientifique
(1561 - 1626)

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