samedi 24 septembre 2022

L’erreur spirituelle

 

L’erreur spirituelle


"Pour comprendre comment les énergies psychiques circulent et travaillent dans l’homme, il faut observer comment elles circulent et travaillent dans la nature.

Regardez un arbre : plus son tronc et ses branches s’élèvent, plus ses racines s’enfoncent profondément dans le sol. C’est un système de compensation que l’on retrouve dans tous les plans, qu’ils soient physique, psychique ou spirituel.

Donc, plus l’homme tend à s’élever dans sa conscience, plus il descend dans son subconscient. Chaque niveau de conscience représente des courants, des forces, des entités, et il doit veiller à tenir ces deux mondes en équilibre.

La grande erreur de ceux qui décident d’embrasser la vie spirituelle, c’est de négliger la réalité du monde obscur qu’ils portent en eux. Ils s’imaginent qu’il suffit de vouloir travailler pour la lumière, de vouloir être sages, justes et désintéressés pour y parvenir effectivement.

Eh non, malheureusement non.

Et c’est ainsi que l’on voit des personnes parler d’amour spirituel, de sentiments nobles et désintéressés, alors qu’elles vivent dans le désordre des passions.

Et d’autres s’imaginent qu’elles se sont consacrées à un idéal, alors qu’en réalité elles sont en train de donner libre cours à leur vanité, à leur besoin de dominer les autres.

Vous direz : « Mais pourquoi ? Elles sont hypocrites, elles manquent de sincérité ? »

Non, il peut y avoir chez elles de réelles aspirations spirituelles ; seulement il ne suffit pas d’« aspirer » pour réaliser !

Et si l’on ne fait pas l’effort d’entrer en soi-même pour comprendre les structures et les mécanismes du psychisme humain, on va au devant des pires contradictions."

Omraam Mikhaël Aïvanhov

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« Il n’y a pas d’éveil de la conscience sans douleur. Les gens feront n’importe quoi, aussi absurde que ce soit, afin d’éviter de faire face à leur âme. Nous ne devenons pas illuminés en imaginant des formes lumineuses, mais en prenant conscience du mal »
C.G. Jung

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« Tant que la connaissance n’est que par le mental, elle n’est qu’une simple connaissance « par reflet », comme celle des ombres que voient les prisonniers de la caverne symbolique de Platon, donc une connaissance indirecte et tout extérieure ; passer de l’ombre à la réalité, saisie directement en elle-même, c’est proprement passer de l’« extérieur » à l’« intérieur », et aussi, au point de vue où nous nous plaçons plus particulièrement ici, de l’initiation virtuelle à l’initiation effective.

Ce passage implique la renonciation au mental, c’est-à-dire à toute faculté discursive qui est désormais devenue impuissante, puisqu’elle ne saurait franchir les limites qui lui sont imposées par sa nature même ; l’intuition intellectuelle seule est au delà de ces limites, parce qu’elle n’appartient pas à l’ordre des facultés individuelles. On peut, en employant le symbolisme traditionnel fondé sur les correspondances organiques, dire que le centre de la conscience doit être alors transféré du « cerveau » au « cœur »; pour ce transfert, toute « spéculation » et toute dialectique ne sauraient évidemment plus être d’aucun usage ; et c’est à partir de là seulement qu’il est possible de parler véritablement d’initiation effective.

Le point où commence celle-ci est donc bien au delà de celui où finit tout ce qu’il peut y avoir de relativement valable dans quelque « spéculation » que ce soit ; entre l’un et l’autre, il y a un véritable abîme, que la renonciation au mental, comme nous venons de le dire, permet seule de franchir. Celui qui s’attache au raisonnement et ne s’en affranchit pas au moment voulu demeure prisonnier de la forme, qui est la limitation par laquelle se définit l’état individuel ; il ne dépassera donc jamais celui-ci, et il n’ira jamais plus loin que l’« extérieur », c’est-à-dire qu’il demeurera lié au cycle indéfini de la manifestation.

Le passage de l’« extérieur » à l’« intérieur », c’est aussi le passage de la multiplicité à l’unité, de la circonférence au centre, au point unique d’où il est possible à l’être humain, restauré dans les prérogatives de l’« état primordial », de s’élever aux états supérieurs et, par la réalisation totale de sa véritable essence, d’être enfin effectivement et actuellement ce qu’il est potentiellement de toute éternité.

Celui qui se connaît soi-même dans la « vérité » de l’« Essence » éternelle et infinie, celui-là connaît et possède toutes choses en soi-même et par soi-même, car il est parvenu à l’état inconditionné qui ne laisse hors de soi aucune possibilité, et cet état, par rapport auquel tous les autres, si élevés soient-ils, ne sont réellement encore que des stades préliminaires sans aucune commune mesure avec lui, cet état qui est le but ultime de toute initiation, est proprement ce qu’on doit entendre par l’« Identité Suprême ».

« Aperçus sur l'initiation » - René Guénon

 

 

samedi 27 août 2022

La Vérité

 

« Ignorant d’où je viens, incertain où je vais. »


Lamartine 


La Vérité

La recherche de la Vérité donne un sens à sa vie et permet de tester sa valeur spirituelle.
Mais comme le passé pèse sur le présent, le présent obère le futur. Il faut savoir se libérer du passé et du présent pour réussir son avenir.
C'est en recherchant la vérité qu'on mérite de la découvrir.
Je pense que pour rechercher la vérité il faut se confronter aux questions existentielles, demeurées sans réponse à ce jour.

En tête de ces questions, le triptyque essentiel et incontournable.

 Qui suis-je ?

D’où viens-je ?

Où vais-je ? 

On ne peut pas s'attaquer frontalement à des questions aussi mystérieuses d'emblée. Il faut tout d'abord nettoyer le terrain.
Pour savoir qui je suis, il faut procéder par élimination en déterminant qui je ne suis pas. Et pour ce faire on ne peut se contenter d'avoir recours seulement à ses sens et à son intellect. Il faut aussi mobiliser son intuition.

Et avant toute chose savoir différencier celui que je suis en réalité de celui que je pense être, en toute illusion.

La recherche de la Vérité ne peut s'effectuer que dans le silence et la solitude. Elle est comme un long chemin où l'on s'enrichit à chaque étape, sans jamais douter que la fin du parcours dévoilera la révélation définitive.

Le travail va donc commencer par l'introspection, arriver à rentrer en soi pour s'isoler du monde extérieur et se découvrir en profondeur.
Ainsi, les pseudo personnalités que nous cultivons vont s'effacer d'elles-mêmes, et nous pourrons nous rencontrer réellement.

« Nous rencontrer réellement » signifie établir un premier contact avec notre Soi supérieur. Mais connaître son Etre intérieur  nécessite un assez haut niveau d’introspection et de conscience spirituelle et cet obstacle est bien souvent infranchissable si l’on ne s’attelle pas sérieusement à sa tâche. 

L’être totalement mis à nu, jusqu’au plus profond de lui-même, sera seulement prêt à connaître la vérité. Cette authentique expérience intérieure ne peut avoir d’autre fin qu’elle-même. Ce qui lui confère sa valeur et son autorité.

La quête de la vérité est le but même de la philosophie. Ainsi pour Platon, le Vrai constitue, avec le Beau et le Bien, une valeur absolue.

Et celle-ci est à notre portée car nos âmes l'ont contemplée avant d'arriver dans la réalité matérielle de notre incarnation. Au fond, découvrir la vérité est plus une affaire de réminiscence que de découverte.

En fait la vérité n’est pas de ce monde.

Le monde est constitué de vibrations. Le minéral, le végétal, l’animal et l’humain vibrent à une certaine densité/fréquence mesurable en unités bovis.
Le taux vibratoire définit la fréquence d’énergie correspondante au degré d’évolution spirituelle de la personne. La nature et le degré de son énergie caractérisent son taux vibratoire.
Nous pouvons tous le modifier et l'augmenter. C’est le but de l’évolution spirituelle.
Augmenter son taux vibratoire doit nous permettre d’ouvrir les portes de la ressouvenance et d’accéder enfin à la vérité retrouvée.

Pour ma part, j’ai toujours été un idéaliste sans idéal. Jusqu’au jour où j’ai compris que j’avais bien un idéal, mais qu’il n’était pas de ce monde.

En fait selon la maxime consacrée, « j’étais au monde sans être de ce monde ».

Ce qui compte avant tout c’est la sérénité et le détachement qu’apporte la vérité retrouvée. C’est aussi simple que cela ; mais parfois la simplicité apparente se révèle bien compliquée et son application des plus délicates.


"Le passé, l'avenir, ces deux moitiés de vie dont l'une dit jamais et l'autre dit toujours."

Lamartine

" Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres." 

Jean (8 – 32)

mercredi 20 juillet 2022

Ainsi parlait R. M. Rilke

 

Les trois âges – Salvador Dali (1940)

 

« Ainsi la vie n’est que le rêve d’un rêve,

Mais l’état de veille est ailleurs.»

Rainer Maria Rilke


La mort n’est que l’autre face de la vie


« Affirmer la vie, c’est aussi affirmer la mort.

Admettre l’une sans l’autre, c’est une limitation qui, finalement, nous exclut de tout l’infini.

La mort n’est que l’autre face de la vie, le côté de la vie qui n’est pas tourné vers nous, et que nous n’éclairons pas.

Nous nous réalisons simultanément dans l’un et l’autre monde, notre existence s’y nourrit inépuisablement… …car il n’y a ni un en deçà, ni un au-delà, mais la GRANDE UNITE dans laquelle les êtres qui nous surpassent, les anges, sont chez eux.

Nous, les hommes d’ici et d’aujourd’hui, nous ne sommes pas un seul instant satisfaits dans le monde du Temps, ni fixés en lui.

Nous débordons sans cesse vers notre origine, vers les hommes de jadis, et vers ceux qui semblent venir après nous.

C’est dans ce monde ouvert, qui est le plus grand, que TOUS existent.

La nature, les choses qui nous entourent et qui nous servent sont provisoires et caduques, comme nous, mais elles sont, aussi longtemps que nous sommes ici-bas, …notre possession et notre amitié.

Pour nous, il s’agit donc, non pas de noircir et de rabaisser tout ce qui est d’ici-bas, mais précisément à cause de leur caractère provisoire, qui est aussi le notre, de saisir ces phénomènes et ces choses avec la compréhension la plus intime, et de les transformer.

Nous sommes les abeilles de l’univers.

Nous butinons éperdument le miel du visible pour l’accumuler dans la grande ruche d’or de l’Invisible ! »

Rainer Maria Rilke

(Lettre du 13 novembre 1925 à Witold von Hulewicz, le traducteur polonais des Élégies, dans laquelle Rilke définit ainsi le sens des Élégies)

 


mardi 21 juin 2022

La fracture spirituelle

 

La fracture spirituelle


« Le principal objectif de l’homme dans la vie est d’élever le niveau de sa conscience.

L’élévation du niveau de conscience est le véritable moyen de se changer soi-même et de changer le monde qui nous entoure. »

Grigori Grabovoï

J'ai toujours cherché à savoir le pourquoi des choses, à connaître la cause des événements ou l'origine des circonstances grevant notre existence.
Mais bien trop souvent en vain.
Jusqu 'au jour où j'ai compris l'inutilité de cette recherche, dans la mesure où nous n'avons pas accès à cette sorte de lucidité qui ferait de nous des êtres omniscients. En fait, nous sommes sur terre pour faire des expériences significatives d'adaptation à des situations plus ou moins difficiles. Et c'est sur nos capacités de réaction et nos réussites dans la gestion des crises que nous serons jugés.
 

Comment sommes-nous constitués et quel est le rôle de chaque organe ?

Le ternaire humain comprend:

- Le corps

                                                     - L’âme

- L’esprit

Le corps physique est notre véhicule d’incarnation ; il est le temple qui accueille en lui l’âme et l’esprit.

L’âme est le siège de l’activité psychique et dispose des modes de perception: émotions, sensations, analyse intellectuelle et morale, volonté.

L’esprit correspond à la dimension spirituelle de l’être humain ; il spiritualise à la fois l’âme et le corps par le biais de la conscience.

Pour accéder la connaissance spirituelle, la conscience doit bénéficier d’une élévation du niveau vibratoire du sujet, qui lui permette de décoller de la matérialité oppressante de notre quotidien. Traditionnellement, la conscience est définie comme la connaissance qu'un être vivant a de son existence et du monde qui l'entoure. Pour accéder à cette connaissance, la conscience permet de synthétiser et d'analyser les informations perçues par les sens.

C’est l’éveil spirituel qui permet cet accès à une véritable connaissance totale du visible et de l’invisible. L’éveil spirituel surpasse l'entendement intellectuel en le métamorphosant en outil intuitif sans limite. 

Cette énergie spirituelle recentre l’individu sur l’aspect transcendantal de son existence, sur sa présence au monde et son rôle personnel dans son incarnation.

  Tant que l’éveil est absent, il y a une fracture spirituelle qui nous sépare de l’esprit libérateur en nous maintenant dans une vraie déconnexion avec notre dimension supérieure.

Une vieille âme sera spirituelle par nature, elle travaillera consciemment avec des entités supérieures, élargissant ainsi son champ de vision ainsi que son champ de conscience. 

La connaissance est le chemin de la sagesse.

« Prends cent hommes, tu y trouveras un homme de foi. Prends cent hommes de foi, tu y trouveras un homme de connaissance. »

Jallal adDin Rumi

Avant tout, il nous faut apprendre à connaître le monde dans lequel nous évoluons, les êtres qui nous entourent et surtout réussir à se connaître soi-même. La singularité de l’homme, qui en fait toute sa richesse, comprend ses capacités à réfléchir, à s'interroger sur son origine, sa place dans cet univers, sur l'esprit, le sens de la vie, la mort ou le sacré.

Au-delà, il y a la connaissance spirituelle, qui nous ouvre les portes du chemin intérieur, celui de l’éveil.

Savoir.
La connaissance est nécessaire à l'ouverture d'horizons nouveaux permettant de faire des choix libres et d'agir en connaissance de cause.

Pouvoir.

La connaissance acquise autorise l’action ; à partir de là, l’être entre sur le chemin spirituel pour façonner son être supérieur en le délivrant des contraintes de la personnalité et des limitations mises en place par l’ego.

Comprendre.

Pour être guidé dans ce parcours, il faut trier dans le brouhaha des informations qui nous entoure ce qui est essentiel. Apprendre à séparer le bon grain de l’ivraie est nécessaire, privilégier la qualité à la quantité est vital, pour accéder à la seule vérité de la compréhension spirituelle.
 

" Le grand problème de notre temps tient à ce que nous ne comprenons pas ce qui se passe dans le monde.

 Nous sommes confrontés à l'obscurité de notre âme et à l'inconscient. Des impulsions pressantes en proviennent, obscures, impossibles à reconnaître. Il évide et met en pièces les formes de notre culture et ses réalisations historiques majeures. Nous les avons perdues, ou bien elles se trouvent dans le futur. Nos valeurs chancellent, il n'y a plus rien de certain, même la sanctissima causalitas est descendue du trône des axiomes et s'est transformée en simple champ de probabilités.

Quel est donc l'hôte terrifiant et funeste qui frappe à notre porte ?

La peur le précède, montrant que les ultimes valeurs se mobilisent à son encontre, ces valeurs auxquelles nous avons cru jusqu'ici et qui maintenant donc s'écroulent, cependant que notre seule certitude est de savoir que le monde nouveau sera différent de ce à quoi nous sommes habitués. "

C.G.Jung

« L’éveil n’est pas une chose. Ce n’est ni un but ni un concept. Ce n’est pas quelque chose qu’on obtient. C’est une métamorphose. Si la chenille pensait que le papillon auquel elle donne naissance, ce sont des ailes et des antennes qui poussent à elle, il n’y aurait pas de papillon. La chenille doit accepter de disparaître en se transformant. Lorsque le merveilleux papillon prend son envol, il ne reste rien en lui de la chenille. »

 Alejandro Jodorowsky

« Respectons le possible, dont personne ne connaît les limites, et soyons attentifs et sérieux devant le monde extra-humain d’où nous sortons et qui nous attend. »

Victor Hugo

"L'être humain est appelé à un éveil intérieur particulier par lequel seul il pourra appréhender le sens de son existence et connaître, de son vivant, par une expérience directe, la Source mystérieuse d'où il a émergé et dans laquelle il sera inexorablement réabsorbé lorsqu'il quittera cette forme d'existence. Mais cet éveil exige de lui des efforts spécifiques qui lui permettront de comprendre l'étrange absence à lui-même ou sommeil diurne dans lequel il passe d'ordinaire sa vie entière sans le savoir. "

Edouard Salim Michaël

«  Cette civilisation moderne a conduit l'humanité à deux guerres mondiales, mais la leçon n'a servi à aucun politicien. La politique ne se préoccupe que des apparences et ne tient aucun compte des réalités profondes.

Seule la conscience de leur nature spirituelle commune peut unir les hommes. Le sens de leur individualisme les condamne à l'égoïsme et aux conflits. C'est dans la vision même de l'homme et du sens de sa vie que se trouve la racine de tous les « problèmes ». Tant que l'aveuglement et l'ignorance prévaudront, tout problème résolu fera immédiatement place à un autre, dans un déséquilibre permanent.

L'intérêt pour la politique tient aujourd'hui la place que tenait autrefois l’intérêt pour la religion. Moins les gens ont l'intention de se diriger et de se réformer eux-mêmes, plus ils se préoccupent de la façon dont il faudrait diriger ou réformer la société.

En fait, les « problèmes » politiques, économiques et sociaux ne sont qu'une façade qui masque le véritable problème, lequel est spirituel et psychologique.

Aucune mesure ne sauvera la situation, qui ne tiendra pas compte de la réalité spirituelle, de la vraie nature de l'Homme. Pour le moment, l'humanité tourne le dos à cette vérité fondamentale. L'existence devient sans cesse plus complexe à tous égards et interdit de plus en plus aux hommes et aux femmes toute velléité de vie intérieure.

Le véritable bonheur ne peut se trouver que dans la « réalisation » ou la prise de conscience de la Nature profonde, du Soi, mais jeunes et vieux cherchent désespérément des plaisirs et des satisfactions qui ne peuvent pas durer.

C'est, par excellence, le fruit de ce que tous les enseignements initiatiques ont appelé l’aveuglement et l’ignorance. »

Arnaud Desjardins

 Monde moderne et Sagesse ancienne (1973)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

jeudi 19 mai 2022

Le rêve

 

Dessin de Valentine Hugo - Le rêve du 21 décembre (1929)


Le rêve

« Heureusement, certains sont nés avec un système immunitaire spirituel qui, tôt ou tard, rejette la vision illusoire de ce monde qui leur a été greffée depuis la naissance jusqu’au conditionnement social.

Ils commencent à sentir que quelque chose est mal ; apparaît alors la recherche de réponses. La connaissance intérieure et les expériences extérieures anormales leur montrent un côté de la réalité que les autres ignorent et ils commencent ainsi leur voyage vers l’éveil.

Chaque étape du voyage est faite en suivant leur cœur au lieu de suivre la foule et en choisissant la connaissance et non pas les voiles de l’ignorance. »

Henri Bergson

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Les visions oniriques se multiplient et restent plus longtemps dans la mémoire claire, par bribes difficiles à relier pour retrouver leur sens. Beaucoup de personnages, certains que je connais, d’autres non. Fluidité d’images en couleur dans un mouvement incessant.

Je suis à la fois au centre et à l’extérieur des scènes qui se déroulent.

« Le Rêve est une seconde vie » disait Gérard de Nerval, qui nous ouvre les portes du monde de l’esprit.

Depuis toujours, la fonction onirique pose le problème de la réalité. Le réel est-il ce que l’homme vit ou ce qu’il rêve ?

« Lao Tseu rêva une fois qu'il était un papillon, un papillon qui voletait et voltigeait alentour, heureux de lui-même et faisant ce qui lui plaisait. Il ne savait pas qu'il était Lao Tseu. Soudain, il se réveilla, et il se tenait là, un Lao Tseu indiscutable et massif. Mais il ne savait pas s'il était Lao Tseu qui avait rêvé qu'il était un papillon, ou un papillon qui rêvait qu'il était Lao Tseu. Entre Lao Tseu et un papillon, il doit bien exister une différence ! C'est ce qu'on appelle la Transformation des choses.  

                          Lao Tseu « Discours sur l'identité des choses »  

« Ne se peut-il faire que cette moitié de vie n'est elle-même qu'un songe, sur lesquels les autres sont entés [greffés], dont nous nous éveillons à la mort ? (...) Qui sait si cette autre moitié de la vie où nous pensons veiller n'est pas un autre sommeil un peu différent du premier ? »

Pensées de Blaise Pascal (1623-1662)

 

Dans le Second Manifeste du surréalisme (1930) André Breton écrit « que l’idée du surréalisme tend simplement à la récupération totale de notre force psychique par un moyen qui n’est autre que la descente vertigineuse en nous, l’illumination systématique des lieux cachés et l’obscurcissement progressif des autres lieux, la promenade perpétuelle en pleine zone interdite. » Le surréalisme s’inscrit dans une longue tradition littéraire de décryptage de l’existence humaine, notamment par le biais du rêve, emboîtant le pas à Gérard de Nerval, Verlaine, Arthur Rimbaud, Baudelaire, et d’autres écrivains ayant cherché à explorer les profondeurs de l’être humain.

Cinq ans. C'est le temps moyen que nous passons tous, de notre naissance à notre mort, immergés dans notre propre monde onirique, cette « seconde vie » du rêve qui inspira de si belles pages à Gérard de Nerval.

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« En même temps, le un est multiple puisqu’il comprend d’autres existences dans d’autres univers parallèles ainsi que sur cette terre, à l’heure actuelle. C’est la théorie du double qui veut que chacun ait sa copie, à ceci prés qu’il y a plusieurs copies.

C’est ce que nous avons voulu te montrer sur la photo mais tu n’as pas tout compris ; tu pensais qu’il s’agissait de toi, plus jeune et plus âgé, alors qu’en fait il s’agit de toi, dans d’autres vies sur cette terre, à l’heure actuelle. Tu penses à des clones de toi-même, mais tu te trompes car il ne s’agit pas de copies d’un original mais bien de la multiplication d’êtres originaux, chacun ayant une vie personnelle, propre et indépendante. Par contre, les expériences vécues de chacun s’additionnent pour se retrouver dans l’être principal, qui regroupe toutes ces individualités au final. 

 

Au lieu d’envisager des incarnations séparées par le temps, tu dois les envisager dans une globalité immédiate, comme une génération spontanée. Parce que le temps n’existe pas, parce que l’espace est une illusion et la matière une apparence, tout est un sans séparation réelle. Tu joues plusieurs rôles dans un grand scénario dont tu es en fait l’auteur. Ainsi tu mets en scène divers personnages qui sont tes créations et les reflets de toi-même. Mais tu ne peux appréhender cette notion de façon rationnelle parce que ton Moi est formaté pour répondre aux dimensions qui le conditionnent ; ce n’est qu’au fur et à mesure de la progression du Soi en toi que les séparations tomberont et que tu retrouveras ton unité réelle. Alors tu seras libéré de toutes les entraves qui t’aveuglent et tu retrouveras la lumière. »

(Extrait de Sarabandes nocturnes)

 

« La faculté de rêverie est une faculté divine et mystérieuse ; car c'est par le rêve que l'homme communique avec le monde ténébreux dont il est environné. »

Charles Baudelaire - Les Paradis artificiels

« En chacun de nous existe un autre être que nous ne connaissons pas. Il nous parle à travers le rêve et nous fait savoir qu'il nous voit bien différent de ce que nous croyons être. »

Carl Gustav Jung

jeudi 5 mai 2022

Quelque part, en Absurdie

                                                               

"Fuyant la critique", huile sur toile de Pere Borrell del Caso, Madrid (1874)

 

Quelque part, en Absurdie

 

 

 « Je disais que le monde est absurde et j'allais trop vite. Ce monde en lui-même n'est pas raisonnable, c'est tout ce qu'on peut en dire. Mais ce qui est absurde, c'est la confrontation de cet irrationnel et de ce désir éperdu de clarté dont l'appel résonne au plus profond de l'homme. L'absurde dépend autant de l'homme que du monde. Il est pour le moment leur seul lien. Il les scelle l'un à l'autre comme la haine seule peut river les êtres. »

 

Albert Camus

Albert Camus, dans « Le mythe de Sisyphe » (1942), précise que

« l'absurde naît de cette confrontation entre l'appel humain et le silence déraisonnable du monde. »

En réalité, ce sentiment d’absurdité n’est ni intrinsèque à l’homme ni propre à l’univers : il provient d’une absence de lien entre l’un et l’autre.

L’être ne sait pas pourquoi il est au monde et l’univers ne lui enseigne rien à ce sujet.

A l’inverse, l'animal, gouverné par l'âme groupe, ne possède pas d'âme individualisée et est régi par l’instinct.

 

L’instinct animal émane de l’inconscient collectif de son groupe qui met à sa disposition des réponses adaptées aux diverses situations de l’existence, sans faire appel à la réflexion et sans besoin d’éducation.

 

L’animal sait tout dés sa naissance quand l’homme a tout à apprendre.

 

L’individuation humaine lui permet de substituer à l’instinct l’intelligence consciente. De fait, l’instinct qui bénéficie des expériences vécues par le groupe antérieurement, est remplacé par la conscience que chaque être humain doit utiliser pour apporter des solutions à ses problèmes.

 

A partir de là, ce n’est qu’à posteriori que l’on pourra comprendre le sens de notre vie, au travers de nos expériences vécues, et encore, à la condition d’en faire l’effort. Et c’est bien là le plus difficile…

 

« La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se retournant vers le passé. »

Sören Kierkegaard

 

Il faut toujours garder à l’esprit ce fil rouge de notre vécu pour en saisir le sens et continuer d’aller de l’avant.

« L’évolution future de l’être humain on peut la regarder sur deux plans, on peut la regarder sur le plan collectif comme ce fût le cas pendant des milliers d’années et on peut la regarder sur le plan individuel. Avec l’évolution des nouvelles générations, l’être humain sera obligé de prendre conscience, c’est évident parce que l’être humain devient intelligent, il entre dans une phase d’évolution où l’expérience individuelle, personnelle, antérieure, n’était pas basée sur une intelligence profonde de soi, l’être humain est un être conditionné, il est très conditionné, l’histoire l’a complètement conditionné, la conscience de la race l’a conditionné. Avec l’évolution et ces évènements qui vont se passer à l‘avenir, l’être humain sera obligé de se prendre en mains, dans ce sens qu’il devra développer son propre centre de gravité, faire son propre contact intérieur si vous voulez.

L’évolution de la conscience est reliée à l’ouverture des centres psychiques. L’homme nouveau passera d’un état mental à un autre avant de bénéficier de sa relation avec l’invisible. La fin du cycle favorisera cette ouverture des centres et l’homme verra que la vie et sa réalité s’étendent au-delà de ce que la raison peut entrevoir. La fin du cycle et l’avènement d’une science nouvelle sont deux aspects profondément troublants de la nouvelle évolution. L’homme fera face à des possibilités qu’il aurait crues, il y a seulement quelques générations, le produit d’une imagination fertile. Ces choses se produiront en un clin d’œil, et le choc qu’elles feront alors sera grand. »

Bernard de Montréal  La Fin des Temps  (1988)

 

En attendant ce jour dont la date nous échappe, il faut tout faire pour sortir du cadre et échapper au carcan de l’incarnation, cette prison de chair dans la matière qui nous fait oublier qui nous sommes vraiment et pourquoi nous sommes là. Comprendre le lien entre l’univers et les poussières d’étoiles que nous sommes pour quitter l’absurdité de vivre et retrouver l’essence réelle de l’existence, voilà notre mission essentielle ici-bas.

 

« Du bon usage des crises.

 Ne soyons pas si mesquins, et disons du bon usage des crises, catastrophes, drames, naufrages divers. J’ai gagné la certitude, en cours de route, que les catastrophes sont là pour nous éviter le pire.

Et le pire, comment pourrais-je exprimer ce qu’est le pire ?

Le pire, c’est bel et bien d’avoir traversé la vie sans naufrages, d’être resté à la surface des choses, d’avoir dansé au bal des ombres, d’avoir pataugé dans ce marécage des on-dit, des apparences, de n’avoir jamais été précipité dans une autre dimension. Les crises, dans la société où nous vivons, sont vraiment ce qu’on a encore trouvé de mieux, à défaut de maître, quand on n’en a pas à portée de main, pour entrer dans l’autre dimension.

Dans notre société, toute l’ambition, toute la concentration est de nous détourner, de détourner notre attention de tout ce qui est important. Un système de fils barbelés, d’interdits pour ne pas avoir accès à notre profondeur.

C’est une immense conspiration, la plus gigantesque conspiration contre l’âme, contre l’esprit.

Dans une société où tout est barré, où les chemins ne sont pas indiqués pour entrer dans la profondeur, il n’y a que la crise pour pouvoir briser ces murs autour de nous. La crise, qui sert en quelque sorte de bélier pour enfoncer les portes de ces forteresses où nous nous tenons murés, avec tout l’arsenal de notre personnalité, tout ce que nous croyons être. »

 

 

Christiane Singer

Conférence prononcée le 15 juin 1991 à l’occasion du dixième anniversaire du Centre Dürckheim.