mercredi 4 mars 2009

mardi 3 mars 2009

L'évolution future de l'Humanité


L'évolution future de l'Humanité

de Philippe Barbier Saint-Hilaire (1962)

Philippe Etienne François Barbier-Saint-Hilaire (16 janvier 1894 à Corre en Haute-Saône - 16 mai 1969 à Pondichéry) fut tour à tour Polytechnicien et ingénieur à Paris, chercheur spirituel au Japon et en Mongolie, puis, sous le nom de Pavitra, disciple de Sri Aurobindo et secrétaire général de l'Ashram Sri Aurobindo à Pondichéry.
Philippe Barbier Saint Hilaire, ancien élève de l'Ecole polytechnique et ingénieur des Ponts et Chaussées, part dès l'achèvement de ses études, en 1921, poursuivre un itinéraire théosophique commencé pendant la Première Guerre mondiale : au Japon tout d'abord, puis dans une lamaserie proche du désert de Gobi. Sa pérégrination en Asie s'arrête en 1926 à Pondichéry, lorsque Sri Aurobindo accepte de devenir son guru. Mystique et homme d'action, il a la charge, pendant quarante ans, des développements économiques et scientifiques de l'Ashram, où il meurt en 1969, sans jamais être revenu en Europe.

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I - L'aspiration humaine

L'aspiration la plus haute de l'homme - sa recherche de perfection, sa soif de liberté et de maîtrise, sa poursuite de la pure vérité et de la félicité sans mélange - est en contradiction flagrante avec son existence actuelle et son expérience normale.
Une telle contradiction est une partie de la méthode générale de la Nature ; c'est le signe qu'elle travaille en vue d'une harmonie plus grande. L'accord s'obtient par une évolution progressive.
La vie émerge de la matière, le mental de la vie, parce qu'ils y sont déjà involués : la matière est une forme voilée de la vie, la vie une forme voilée du mental.
Le mental ne peut-il être une forme voilée d'un pouvoir plus élevé : l'Esprit, qui serait de nature supramentale ? L'aspiration la plus haute de l'homme indiquerait alors seulement que l'Esprit intérieur se dévoilant graduellement, prépare une vie plus haute sur la terre.

II - La place de l'homme dans l'évolution

L'émergence progressive de la conscience est le mobile central de l'existence terrestre ; elle s'accomplit par un double processus : une évolution des formes, une évolution de l'âme.
L'homme occupe la crête de la vague évolutive. Avec lui s'opère le passage d'une évolution inconsciente à une évolution consciente ...
A chaque étape on peut trouver des indices de ce que sera l'étape suivante.
La nature de la prochaine étape est indiquée par les aspirations profondes qui se font jour dans l'espèce humaine.
Un changement de conscience est le fait majeur de la transformation évolutive prochaine ; c'est la conscience qui, par sa propre mutation, imposera et opérera les mutations nécessaires au corps.
Il n'y a aucune raison de supposer que cette transformation soit impossible sur la terre. Elle seule donne un sens à l'existence terrestre.
L'élan de l'homme vers la spiritualité indique d'une façon indéniable la poussée de l'Esprit qui est en lui et qui veut émerger dans la nature terrestre.

III - La crise évolutive actuelle

La raison, prétend-on souvent, est la plus haute faculté de l'homme, celle qui lui a permis de se dominer et de dominer la Nature. La raison a-t-elle en fait réussi ?
Quand l'intelligence se tourne vers l'action et essaie d'appliquer les idées à la vie, elle devient partiale et passionnée et se fait la servante de tout autre chose que la vérité pure.
Pourquoi l'homme a-t-il foi en la raison ? Parce que la raison a une fonction légitime à remplir, à laquelle elle est parfaitement adaptée ; c'est de justifier et d'éclairer les expériences passées de l'homme, et de lui donner la foi et la conviction nécessaires pour qu'il persévère dans l'élargissement de sa conscience.
Mais la raison ne peut arriver à aucune vérité finale, parce qu'elle ne peut ni atteindre la racine des choses ni embrasser leur totalité. Elle s'occupe de ce qui est fini et séparé ; elle n'a pas de mesure pour le tout et l'infini.
Les limitations de la raison deviennent particulièrement apparentes quand elle se trouve en présence de la vie religieuse.

Ce qu'est vraiment et essentiellement la religion et pourquoi elle sort du domaine de la raison.
La religion peut-elle donc être le guide de la vie humaine ? Il est de fait que dans l'antiquité les sociétés ont accordé à la religion une place prééminente.
Mais d'autre part, l'humanité - et en particulier la partie de l'humanité qui était à l'avant-garde du progrès - s'est révoltée contre la prédominance de la religion.
Trop souvent, les sociétés religieuses et les Églises se sont opposées au progrès et alliées aux forces d'obscurité et d'oppression, et il a fallu une révolte, un refus de l'esprit et du cœur humains opprimés, pour corriger ces erreurs et redresser la religion. Cela ne se serait pas produit si la religion avait été le guide véritable et suffisant, et le régulateur de toutes les activités humaines.
L'insuffisance de la religion vient de ce qu'elle a confondu l'essentiel et l'accessoire. La vraie religion est la religion spirituelle ; c'est une recherche de Dieu, une ouverture de la vie la plus profonde de l'âme au Divin immanent, à l'Omniprésence éternelle.

Dogme, culte, code moral sont des aides et des soutiens qu'on peut offrir à l'homme, mais qu'on ne doit pas lui imposer.
Par ailleurs, la religion a souvent considéré que la vie spirituelle est essentiellement faite de renoncement et de mortification. La religion devient alors une force qui décourage la vie, et, par conséquent, elle ne peut pas être une loi, ni un guide véritable pour celle-ci.
C'est dans la spiritualité, - mais une spiritualité à laquelle on aura restitué son sens vrai, - que nous devons chercher la lumière directrice et la loi harmonisatrice.
L'homme moderne n'a pas non plus résolu le problème des rapports de l'individu et de la société. Ce que sont leurs rôles respectifs dans le progrès spirituel de l'espèce.
Il est faux que l'individu doive se subordonner à la collectivité ou se fondre en elle, car c'est par ses individus les plus avancés qu'une collectivité progresse.
Mais il est vrai aussi que plus il avance spirituellement, plus l'individu sent son unité avec la collectivité et avec le Tout.

La crise évolutive actuelle provient d'un déséquilibre entre les facultés limitées de l'homme - mentales, morales et spirituelles - et les moyens techniques et économiques dont il dispose.
L'homme ne peut plus désormais supporter le développement gigantesque de la vie extérieure sans un changement intérieur.
L'exaltation de la collectivité ou de l'État, ne fait que substituer l'ego collectif à l'ego individuel.
Si l'humanité veut survivre, une transformation radicale de la nature humaine est indispensable.

IV - Règles de conduite et liberté spirituelle

Puisque la perfection est progressive, le bien et le mal sont des quantités mouvantes qui, de temps en temps, changent de signification et de valeur.
Quatre règles principales gouvernent successivement la conduite humaine.
Les deux premières sont le besoin personnel et le bien de la collectivité.
Un conflit naît de l'opposition des deux tendances instinctives - individualiste et grégaire - qui gouvernent l'action humaine.

Pour arbitrer le conflit, un principe nouveau intervient, assez élevé et assez puissant pour, à la fois, dépasser les deux instincts antagonistes et les réconcilier. Ce troisième principe est l'idéal moral.
Mais les conflits ne s'apaisent pas ; ils semblent plutôt se multiplier. Les règles morales sont arbitraires et rigides ; quand elles veulent s'appliquer à la vie, elles sont obligées de transiger et aboutissent à des compromis qui les vident de tout pouvoir.
Au-delà de la loi morale, qui en est une image fausse, se dévoile la vérité plus grande d'une vaste conscience sans entraves, la loi suprême de notre nature divine. Elle détermine parfaitement nos relations avec chaque être et avec la totalité de l'univers, et nous révèle aussi le rythme exact qui exprime directement le Divin en nous.
Tel est le quatrième et suprême principe d'action, qui est à la fois loi impérative et liberté absolue.

V - Le développement de l'homme spirituel

La spiritualité est autre chose que l'intellectualité ; elle est l'indice qu'un Pouvoir plus grand que l'intellect veut émerger à son tour...
Essentiellement, la spiritualité est une prise de conscience progressive de l'Esprit qui est en nous, du vrai Moi ; c'est un éveil à une Réalité plus grande, qui dépasse l'univers et le pénètre, et qui demeure aussi en nous.
Comment la Nature a préparé la naissance de l'homme spirituel...
Seule, l'expérience spirituelle peut parvenir à changer l'être mental en un être spirituel.
On a fait, au mysticisme et à la spiritualité, deux ordres de critiques qu'il nous faut examiner avant de procéder plus avant :
1. Le mystique s'éloigne de la vie.
2. La connaissance mystique est purement subjective.

VI- La triple transformation

Si l'éveil à la suprême Réalité était le but final de l'évolution terrestre et que l'âme dût trouver ailleurs seulement un plus haut état d'être, ou se fondre et disparaître dans cette suprême Réalité, la tâche serait achevée avec l'avènement de l'homme spirituel.
Mais il y a aussi en nous une aspiration à la maîtrise de la Nature et à sa transformation, à une manifestation plus parfaite de l'Esprit dans l'existence terrestre elle-même.
Ce nouvel ordre d'existence, pour s'établir d'une façon permanente, exige un changement radical de la nature humaine tout entière. Dans cette transformation, on peut distinguer deux phases préparatoires, complétant la préparation et la révélation de l'être spirituel, et une phase d'accomplissement.
La première phase de cette transformation peut être appelée psychique : l'âme, ou être psychique, doit passer au premier plan et prendre la direction de l'être dans sa totalité.
Pour tourner l'être vers la Réalité suprême et parvenir à émerger, l'âme, au cours de l'évolution, se sert de trois images dynamiques de cette suprême Réalité : le Vrai, le Beau, le Bien.
Trois voies s'ouvrent ainsi devant l'aspirant :
1. La voie de l'intellect ou de la connaissance.
2. La voie du cœur ou de la dévotion.
3. La voie de la volonté ou de l'action.

Ces trois voies, si elles sont combinées et suivies conjointement, ont des effets plus puissants.
Un déplacement de la conscience, un retrait au-dedans, devient impératif à ce stade, si l'on veut atteindre l'être central, l'âme vraie, et lui permettre de devenir le guide et le souverain de la nature.
Deux résultats principaux suivent cette émergence :
1. d'abord, une direction intérieure et une maîtrise qui démasquent et rejettent tout ce qui est faux et obscur ou qui s'oppose à la réalisation divine.
2. ensuite, un afflux spontané d'expériences spirituelles de toute sorte...
La deuxième phase de la transformation peut être appelée spirituelle ; c'est une ouverture à un Infini au-dessus de nous, une Présence éternelle, un Moi sans limite, une Existence infinie, une infinitude de Conscience et de Félicité, une Toute-Puissance.

La transformation spirituelle s'achève par l'ascension permanente de la conscience inférieure à la conscience supérieure, suivie d'une descente effective et permanente de la nature supérieure dans la nature inférieure.
Une conscience nouvelle commence donc à se former, avec une nouvelle puissance de pensée et de vision, et un pouvoir de réalisation spirituelle directe qui dépasse la pensée et la vision.
Mais pour que cette création nouvelle soit permanente et parfaite, le fondement même de notre nature d'ignorance doit être atteint et transfiguré. Un pouvoir plus grand, la Conscience-Force supramentale, doit intervenir et accomplir la transfiguration.
C'est la troisième phase : la transformation supramentale.

VII- L'ascension vers le Supramental

Il est difficile de concevoir intellectuellement ce qu'est le Supramental et de le décrire dans les termes du langage.
Le surmental et le Supramental sont involués et enfouis dans la Nature terrestre.
Pour qu'ils puissent émerger en nous, il faut une descente en nous des pouvoirs de la Supraconscience ; l'effort personnel ne peut à lui seul y suffire.
Ce que doit être la préparation à la transformation supramentale : d'abord, une maîtrise croissante de l'individu sur sa propre nature, puis une participation de plus en plus consciente à l'action de la Supranature.
Une seconde condition consiste en une obéissance consciente, une soumission de tout l'être à la lumière, à la vérité et à la force d'en haut.
Une troisième condition est d'unifier tout l'être autour du vrai moi et d'ouvrir l'individualité à la conscience cosmique.

Quatre échelons conduisent de l'intelligence humaine au Supramental ; ce sont :
1. Le mental supérieur.
2. Le mental illuminé.
3. Le mental intuitif.
4. Le surmental.
La descente du surmental ne suffit pas à transformer entièrement l'inconscience ; seule la Force supramentale est capable de le faire.

VIII- L'être supramental ou gnostique

S'il est difficile de comprendre et de décrire la Nature supramentale, c'est que, dans son essence même, elle est conscience et pouvoir de l'Infini.
On peut, cependant, décrire d'une façon générale le passage du surmental au Supramental et se former une idée de l'existence supramentale à son stade initial.
L'être supramental, ou être gnostique, sera le parfait accomplissement de l'homme spirituel.
La loi du Supramental est l'unité qui s'accomplit dans la diversité ; l'unité n'entraîne pas l'uniformité.
L'être supramental harmonisera le moi individuel avec le moi cosmique, la volonté et l'action individuelles avec la volonté et l'action cosmiques.
L'aspect transcendant de la vie spirituelle est indispensable à la liberté de l'esprit ; mais cette transcendance s'harmonisera avec l'existence manifestée et lui donnera un fondement inébranlable. Pour l'être gnostique, agir ne signifiera pas déchoir de l'Unité.

La conscience gnostique s'acheminera vers une connaissance totale : ce ne sera pas la révélation d'une lumière née de l'obscurité, mais d'une lumière qui naît de la lumière.
La joie de la diversité de l'Un se révélant intimement à lui-même, l'union innombrable de l'Un et une joyeuse interaction dans l'Identité donneront à la vie gnostique un sens pleinement accompli.
La matière révélera qu'elle est un instrument de la manifestation de l'Esprit ; une acceptation nouvelle, libre et souveraine, de la Nature matérielle sera alors possible.
Le corps pourra devenir un instrument fidèle et capable, qui répondra parfaitement à l'Esprit.
La santé, la force, la durée et le bien-être du corps, la libération de la souffrance, font partie de la perfection physique que l'évolution gnostique est appelée à réaliser.
Le vaste calme et la félicité profonde de l'existence gnostique apparaissent ensemble, dans une croissante intensité, et culminent dans une extase éternelle. Dans l'univers phénoménal se révèle l'éternel Ananda.
Deux questions restent à envisager, qui sont importantes pour la conception humaine de la vie :
1. Quelle est la place de la personnalité dans l'être gnostique ?
Dans la conscience gnostique, personnalité et impersonnalité ne s'opposent pas ; ce sont deux aspects inséparables d'une même Réalité.
Ce que sera la nature de la personne gnostique.

2. Si la personnalité gnostique se manifeste et si, d'une manière quelconque, elle est responsable de ses actes, quelle est la place de l'élément éthique dans sa nature gnostique, quelle est sa perfection et son accomplissement ?
La vie gnostique conciliera la liberté et l'ordre.
Il y aura accord complet entre la libre expression de l'individu et son obéissance à la loi propre de la vérité universelle des choses.
Toutes les normes mentales disparaîtront, parce qu'elles ne seront plus nécessaires ; elles seront remplacées par la loi authentique d'identité avec le Moi divin.

IX - La vie divine sur la terre

Etre totalement et intégralement conscient de soi et de toute la vérité de son être, tel est le signe de l'émergence parfaite de la conscience et ce vers quoi elle tend.
La plénitude de cette conscience ne peut s'atteindre qu'en réalisant l'identité du moi individuel et du Moi transcendant ou suprême Réalité.
Cette réalisation exige une intériorisation de la conscience.
La conscience humaine ordinaire est tournée vers l'extérieur et voit la surface des choses. Elle répugne à descendre dans les profondeurs intérieures, qui lui paraissent obscures, et elle redoute de s'y perdre. Et pourtant, l'entrée dans cette obscurité, ce vide, ce silence, n'est que le passage à une existence plus grande.
En fait, ce mouvement d'intériorisation n'est pas un emprisonnement dans le moi personnel ; c'est le premier pas vers une vraie universalité.

La loi de la vie divine est l'universalité dans l'action : une action organisée par la Volonté qui voit tout, et fondée sur la réalisation de l'unité totale des choses.
De nouveaux pouvoirs de conscience et de nouvelles facultés se développeront chez l'être gnostique, qui les utilisera d'une façon naturelle, normale et spontanée, pour connaître et pour agir.
La vie des êtres gnostiques peut, à juste titre, être qualifiée de vie surhumaine ou divine. Il ne faut pas la confondre avec les conceptions courantes, passées ou présentes, du surhomme.
Ce serait une grave erreur de penser qu'une vie dans la pleine lumière de la Connaissance doive perdre son charme et devenir d'une insipide monotonie.
L'expression gnostique de la vie sera plus pleine et plus féconde, et son intérêt plus éclatant que l'intérêt dramatique que nous offre le monde de l'ignorance.

Pavitra [Philippe Barbier de Saint-Hilaire]
in "L'Évolution Future de l'Humanité" (ou La Vie Divine sur Terre) publié par Sri Aurobindo Ashram, Pondichéry, 1962 (2ème édition, augmentée: 1976 )

Ainsi parlait Chamfort



Sébastien-Roch Nicolas

de Chamfort

Sébastien-Roch Nicolas, qui prit par la suite le nom de Chamfort, né probablement à Clermont-Ferrand le 6 avril 1740 et mort à Paris le 13 avril 1794 est un poète, un journaliste et un moraliste français.

Sébastien Roch Nicolas dit Chamfort est un élève indolent mais doué, il se révèle après de brillantes études à Paris avant d'entamer une carrière de mercenaire-littéraire. Ses talents sont multiples : écrivain, journaliste, poète, auteur de ballets et de pièces de théâtres, de comédies, de tragédies... D'un cynisme prononcé, il n'a de cesse de dénoncer les méfaits de la société du XVIIIe siècle. Lauréat de l'Académie de Marseille et de l'Académie française, ses écrits sont reconnus et appréciés des plus grands : Stendhal et Nietzsche. Il s'est également consacré à la rédaction d'articles littéraires sur les mémoires de Duclos et du duc de Richelieu. Ses articles lui ont valu quelques remarques de considération. Ami de Mirabeau, il compose pour lui quelques fameux discours dont un contre les Académies. Suspect sous la Terreur, Chamfort tente de se suicider mais ne meurt que cinq mois plus tard nous léguant une de ses œuvres incontournable 'Maximes, pensées, caractères et anecdotes' rédigée pendant sa longue agonie.

À celle qui n'est plus

Dans ce moment épouvantable,

Où des sens fatigués, des organes rompus,

La mort avec fureur déchire les tissus,

Lorsqu'en cet assaut redoutable

L'âme, par un dernier effort,

Lutte contre ses maux et dispute à la mort

Du corps qu'elle animait le débris périssable;

Dans ces moments affreux où l'homme est sans appui,

Où l'amant fuit l'amante, où l'ami fuit l'ami,

Moi seul, en frémissant, j'ai forcé mon courage

À supporter pour toi cette effrayante image.

De tes derniers combats j'ai ressenti l'horreur;

Le sanglot lamentable a passé dans mon cœur;

Tes yeux fixes, muets, où la mort était peinte,

D'un sentiment plus doux semblaient porter l'empreinte;

Ces yeux que j'avais vus par l'amour animés,

Ces yeux que j'adorais, ces yeux que j'ai fermés !


Ne tenir dans la main de personne, être l’homme de son cœur, de ses principes, de ses sentiments, c'est ce que j'ai vu de plus rare.


Ce que j'ai appris, je l'ai oublié ; ce que je sais, je l'ai inventé.

On n'aime pas à voir plus heureux que soi.

On ne peut pas être et avoir été.

Il y a deux choses auxquelles il faut se faire sous peine de trouver la vie insupportable : ce sont les injures du temps et les injustices des hommes.

Il y a dans le cerveau des femmes une case de moins, et dans leur cœur une fibre de plus que chez les hommes.

L'influence qu'exerce sur notre âme une idée morale, contrastante avec des objets physiques et matériels, se montre dans bien des occasions ; mais on ne la voit jamais mieux que quand le passage est rapide et imprévu. Promenez-vous sur le boulevard, le soir : vous voyez un jardin charmant, au bout duquel est un salon, illuminé avec goût. Vous entrevoyez des groupes de jolies femmes, des bosquets, et, entre autres, une allée fuyante où vous entendez rire : ce sont des nymphes ; vous en jugez par leur taille svelte, etc. Vous demandez quelle est cette femme, et on vous répond : «C'est Mme de B..., la maîtresse. » Il se trouve par malheur que vous la connaissez, et le charme a disparu.

On ne connaît pas du tout l'homme qu'on ne connaît pas très bien ; mais peu d'hommes méritent qu'on les étudie. De là vient que l'homme d'un vrai mérite doit avoir en général peu d'empressement d'être connu. Il sait que peu de gens peuvent l'apprécier, que dans ce petit nombre chacun a ses liaisons, ses intérêts, son amour-propre, qui l'empêchent d'accorder au mérite l'attention qu'il faut pour le mettre à sa place. Quant aux éloges communs et usés qu'on lui accorde quand on soupçonne son existence, le mérite ne saurait en être flatté.

 Savoir prononcer ce mot [non] et savoir vivre seul sont les deux seuls moyens de conserver sa liberté et son caractère.

 Il y a des hommes à qui les illusions sur les choses qui les intéressent sont aussi nécessaires que la vie. Quelquefois cependant ils ont des aperçus qui feraient croire qu'ils sont près de la vérité ; mais ils s'en éloignent bien vite, et ressemblent aux enfants qui courent après un masque, et qui s'enfuient si le masque vient à se retourner.

 Le sentiment qu'on a pour la plupart des bienfaiteurs, ressemble à la reconnaissance qu'on a pour les arracheurs de dents. On se dit qu'ils vous ont fait du bien, qu'ils vous ont délivré d'un mal, mais on se rappelle la douleur qu'ils ont causée, et on ne les aime guère avec tendresse.

 Il en est du bonheur comme des montres. Les moins compliquées sont celles qui se dérangent le moins.

 La célébrité est le châtiment du mérite et la punition du talent.

 La vie contemplative est souvent misérable. Il faut agir davantage, penser moins, et ne pas se regarder vivre.

 Un homme amoureux est un homme qui veut être plus aimable qu'il ne peut ; et voilà pourquoi presque tous les amoureux sont ridicules.

 L'amour, tel qu'il existe dans la société, n'est que l'échange de deux fantaisies et le contact de deux épidermes.

 Pour qu'une liaison d'homme à femme soit vraiment intéressante, il faut qu'il y ait entre eux jouissance, mémoire ou désir.

 Qu'est-ce que c'est qu'une maîtresse ? Une femme près de laquelle on ne se souvient plus de ce qu'on sait par cœur, c'est-à-dire de tous les défauts de son sexe.

 On dit communément : « La plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu'elle a » ce qui est très faux : elle donne précisément ce qu'on croit recevoir, puisqu'en ce genre c'est l'imagination qui fait le prix de ce qu'on reçoit.

 Le divorce est si naturel que, dans plusieurs maisons, il couche toutes les nuits entre deux époux.

 En amour, tout est vrai, tout est faux ; et c'est la seule chose sur laquelle on ne puisse pas dire une absurdité.
 La plupart des livres d'à présent ont l'air d'avoir été faits en un jour avec des livres lus de la veille.

 On n'est point un homme d'esprit pour avoir beaucoup d'idées comme on n'est pas un bon général pour avoir beaucoup de soldats.

 C'est après l'âge des passions que les grands hommes ont produit leurs chefs-d’œuvre, comme c'est après les éruptions des volcans que la terre est plus fertile.

 Spéron-Spéroni explique très bien comment un auteur qui s'énonce très clairement pour lui-même est quelquefois obscur pour son lecteur : « C'est, dit-il, que l'auteur va de la pensée à l'expression et que le lecteur va de l'expression à la pensée. »

 Il n'y a d'histoire digne d'attention que celle des peuples libres. L'histoire des peuples soumis au despotisme n'est qu'un recueil d'anecdotes.


"Le domaine d'Emheim" de René Magritte

lundi 2 mars 2009

Les disparitions et le 35° parallèle


Des personnes qui disparaissent brutalement, sans explications, surtout sans raisons personnelles, de fuite ou de crainte… Ces disparitions, qui se font parfois en présence de témoins, défient notre entendement et toutes les logiques de nos connaissances modernes et scientifiques.
Des dossiers refermés sur des familles entières dont on n’a plus jamais eu de nouvelles… Crimes crapuleux, intérêt majeur, accident, amnésie, crainte de la justice ou autres ?
Ils, elles, sont ainsi des centaines à rejoindre les grandes énigmes inexpliquées. Pour la France, seule, les services judiciaires estiment à plusieurs dizaines le nombre des disparitions sur lesquelles la justice et les services de recherche français ne peuvent apporter le plus petit éclairage ou le moindre début de piste ou d’hypothèse…

L’homme qui disparaissait

James B. Warson est buveur, certes, mais il est aussi un excellent sportif. Ce 3 septembre 1873, il court, suite à un pari stupide, afin de couvrir 60 km sans s’arrêter. Ils sont trois, dont un photographe, à le suivre dans une carriole attelée. James avance à une bonne allure, sans fatigue apparente… Derrière lui, ses amis l’encouragent. Tout à coup, il semble tituber, trébucher et tomber en avant, dans un grand cri. Il n’arrivera jamais à terre…Il disparaîtra d’un seul coup, comme on supprime une image dans un film. On ne le retrouvera pas et ses amis ne s’en remettront jamais vraiment.

A trop chercher…on disparaît aussi

Ambrose Bierce est écrivain et journaliste. Il relate ce fait, ainsi que d’autres, car il s’est spécialisé dans les disparitions étranges et s’acharne contre les autorités incapables d’avancer une hypothèse. Il enquêtera sans relâche…et disparaîtra, à son tour, sans laisser de traces, ni d’écrits, en 1913 ! fait surprenant, un autre Ambrose Small, subira le même sort, et un Ambrose Fonton, puis un Ambrose Marton… Ce qui fera dire au français Charles Fart que, pour lui, c’est le nom d’Ambrose qui est visé, plus que l’individu.

Le sort de l’Archiduc d’Autriche

Jean Orth des Absbourg disparu en mer à bord de la Santa Margharita
Il s’agit d’un superbe trois-mâts : La ‘Santa Margharita’. Le navire est parfaitement entretenu et dispose d’un équipage sévèrement sélectionné. Les officiers qui en assurent le commandement, sont tous chevronnés et de toute confiance. Les conditions météorologiques sont excellentes. Le trajet est une croisière d’agrément qui doit se dérouler de Buenos Aires à Valparaiso. Le principal passager n’est autre que l’ex Archiduc d’Autriche, Jean Orth…On imagine les soins et les assurances qui entouraient ce voyage.
Le navire disparaîtra, avec J. Orth et les neufs membres d’équipage, sans que cette énigme ne puisse jamais être éclaircie !
Ajoutons, pour le lecteur intéressé, qu’il est très possible que l’Archiduc eut été à propos des dessous de l’affaire de Rennes-le Château…

Il ne reste que la voix

Ambrose Bierce relatait encore un fait incroyable, celui de la disparition de C.Ashmore.
Nous sommes en hiver. Il neige et Ashmore doit sortir chercher de l’eau. Il part et ne revient jamais. Ne le voyant pas revenir, deux personnes partent à sa rencontre et suivent ses pas dans la neige. Visiblement, Ashmore est allé jusqu’au puits, puis il a fait demi-tour. Mais sur le trajet de retour, les traces de pas s’arrêtent nets…. Et plus rien ! Il n’y a pas d’arbre auquel il aurait pu grimper, ni traces d’animaux ou autres aux alentours. Personne ne reverra Asmore. Il avait 16 ans.

Ambrose Bierce

Un seul détail fera froid au dos des enquêteurs : ils entendront la voix du disparu jusqu’au printemps…puis ce sera le silence !
L’horreur du 35° parallèle
Et nous pourrions aller ainsi au fil des centaines d’exemples de disparitions toujours énigmatiques et insolubles.
Sur ce sujet, l’affaire du 35° parallèle est toujours d’actualité, hélas. Une brève chronologie : déjà en 1872, la « Dei Gratia », navire anglais, croise le brigantin la « Marie Céleste ». Ce dernier vogue toutes voiles déployées… mais il est entièrement vide de tout occupant, et ce depuis peu, car des fourneaux de la cuisine de bord sont encore chauds et des tasses de thé sont encore fumantes. Rien, plus rien des douze passagers et membres d’équipages…sauf le chat du cuisinier !
Ainsi, sera inauguré l’interminable liste des disparitions dans les alentours du 35° parallèle…Une horreur !

L’hécatombe de juillet 1969

Ce mois de juillet 1969 s’illustrera par une succession de découvertes maritimes toutes plus énigmatiques les unes que les autres.
4 juillet… le « Cotopaxi » est découvert vide navigant en gouvernail automatique. Même jour, le « Red Sun », le « Calliana » et le « San Pedro » seront trouvés sans occupants. Ils ne présentent aucune avarie et la météo est idéale…On ne retrouvera aucun débris, aucun message, pas de corps. Les embarcations de secours et les gilets de sauvetage sont en place.
6 juillet…le « Vagabond » de William Wallin est vide. La « Rosa » vide… le « Nelson » vide de 14 membres d’équipage… trois navires de pêche avec leurs filets dérivants, vides tous les trois…
8, 12 et 15 juillet, 16 embarcations découvertes dérivantes
Ainsi le mois de juillet 1969 se terminera avec plus de 140 découvertes de navires vides et dérivants… Pas un seul rescapé !
Tout cela se passe au large des Açores, à 35° de latitude Nord !
Le capitaine MORHOUSE de la DEI GRATIA

Le long de la planisphère


Ce bilan est catastrophique et énigmatique pour une petite partie maritime du 35° parallèle. Mais ce dernier se poursuit aussi sur les terres. Impossible de tout relater ici, nous nous contenterons d’une brève et inquiétante énumération : séismes, cataclysmes atmosphériques et autres catastrophes dites « naturelles ». On serait tenté de sourire à ce mot, incongru ici, s ‘il n’y avait à la clé des milliers de morts.
Les Açores, le Japon, la Martinique, les Calabres, San Francisco, Lisbonne, Naples, Smyrne, les îles Ioniennes, Skopje, Agadir, Orléans ville, pour ne citer que ces seuls grands lieux où se déroulèrent des raz de marées d’apocalypse (le Pakistan Oriental en fera les frais). De plus chaque année on enregistre des centaines de disparitions inexpliquées sur cette ligne du 35° parallèle.

Les étranges meurtres du 35°


Tuer est encore faire disparaître ou supprimer, ce qui dans l’absolu de l’épouvante revient au même, sauf que l’on connaît la tragique destinée des victimes et le lieu des crimes.
- Los Angeles, 35° parallèle… les massacres innombrables, plus celui de Sharon Tate et de ses amis.
- La Californie, San Francisco, encore Los Angeles…les points de concertation d’un nombre incalculable de sectes meurtrières… sur le 35°.
- Les grands mouvements guerriers secouant la planète naissent souvent sur les limites de ce parallèle : les frontières sino-indiennes et soviétiques…le Tibet, Viêt-Nam, Afrique du Nord, plus près dans le temps, Iran, Irak, Corée…
Des milliers de morts et de disparus ! ! !

La Dame au sang bleu

En France, les cas de disparitions inexpliquées sont nombreux. Là encore, nous ne disposons pas de la place nécessaire pour les parcourir. Retenons seulement celui-ci qui nous semble le plus énigmatique.
Dreuil-les-Amiens, 1932. Un accident de voiture important. De l’amas de ferrailles deux témoins sortent une jeune femme inconsciente et la conduisent eux-mêmes dans une clinique d’Amiens où elle sera admise en urgence. Le médecin de garde prélève du sang de la victime pour en déterminer le groupe afin de pouvoir la perfuser. Il sera surpris de la teinte bleuâtre de ce sang et , plus encore, lorsqu’à l’analyse ce sang apparaîtra de composition …inconnu !
La jeune femme, toujours inconsciente, reçoit les soins d’urgence puis est conduite dans une chambre au service de réanimation. Malgré la présence d’une infirmière, au matin il n’y avait plus personne dans le lit, où seuls se devinaient les plis froissés des draps. Pendant la nuit, cette clinique était fermée et les portes verrouillées de l’intérieur. Les fenêtres du rez de chaussé, où se trouvait la chambre de la patiente, était en plus défendues par un barreaudage.
Les services de gendarmerie furent alertés mais jamais la « dame au sang bleu » ne fut retrouvée. Sur les lieux de l’accident, on retrouvera les traces du choc mais rien non plus de la voiture.
Ce fut un des cas les plus énigmatiques de disparition en France.
Vue depuis le pont de La Dei Gratia de La Marie Céleste vide de son équipage

Un force surpuissante

Il faut pourtant conclure ce sujet insoluble…
Daniel Réju aurait dit à ce propos, et il est tout à fait plausible qu’il ait raison : « Finalement, existe-t-il dans l’Univers une force surpuissante, inconnue de notre conscient, celle qui est à l’origine de toute existence et de toute vie ? Par le biais des manifestations « paranormales » ne chercherait-elle pas à prouver son existence, choquant notre compréhension, démolissant notre entendement, brisant notre cartésianisme et nos étroites structures mentales… ».
Mais alors, quelles sont les critères de choix géographiques occasionnant tous ces évènements dramatiques ? ? ?

Extrait de France -Secret

Ainsi parlait Nicolas Restif de la Bretonne


Nicolas Edme Restif, dit Restif de La Bretonne, également épelé Rétif et de La Bretone, né à Sacy le 23 octobre 1734 et mort à Paris, au 16 rue de la Bûcherie, le 3 février 1806, est un écrivain français.

Son œuvre, et en particulier Monsieur Nicolas, nous offre une admirable résurrection du passé, au moyen d’une infinité de détails d’autant plus précieux que la plupart concernent des classes sociales n’ayant laissé que peu de témoignages dans la littérature contemporaine.

Le bonheur n'est pas une plante sauvage, qui vient spontanément, comme les mauvaises herbes des jardins: c'est un fruit délicieux, qu'on ne rend tel, qu'à force de culture.


Le mérite produit une inégalité juste.


Soyons hommes, et ne soyons que cela ; aussi bien c'est une entreprise absurde que de vouloir être davantage.


Les hommes étant originaires des différents points du globe, ils ne sont pas tous sortis d'un seul homme, mais qu'ils n'en sont pas moins frères, n'ayant qu'un seul auteur, qui est le soleil, et une même mère qui est la terre.


La dépravation suit le progrès des lumières. Chose très naturelle que les hommes ne puissent s'éclairer sans se corrompre.


La pudeur des femmes n'est que leur politique ; tout ce qu'elles cachent ou déguisent n'est caché ou déguisé que pour en augmenter le prix quand elles le révèlent.


Je m'aperçus bientôt que l'amour ressemble à la soif : une goutte d'eau l'augmente.


La femme ne sent son pouvoir qu'autant qu'elle en abuse.


Princes, régnez sur des hommes ; vous serez plus grands qu'en commandant des esclaves.


Le goût de la nation est de lire des romans, et la mode est d'en mépriser les auteurs.


Les mœurs sont un collier de perles ; ôtez le nœud, tout défile.


Tous les seigneurs et les riches que j’ai approchés m’ont paru toute leur vie ne pas se douter que les pauvres étaient des hommes ayant quelque chose de plus que l’instinct.


Que je hais ces nobles insolents, qui se prévalent du frivole avantage d’être nés de parents jadis vertueux ou puissants, pour écraser l’homme utile qui vaut mieux qu’eux !


L’adultère corrompt les mœurs bien plus vite que tout autre genre d’impudicité ; et la moins corruptrice, comme la moins dangereuse pour le moral, est celle avec les filles publiques. C’est l’adultère, et non ces dernières, qui cause l’horrible corruption des grandes villes.

L’amour est un jeu, où tout le monde se trompe, même en voulant être fidèle.

"Les fleurs de l'abîme" de René Magritte