mardi 3 mars 2009

Ainsi parlait Chamfort



Sébastien-Roch Nicolas

de Chamfort

Sébastien-Roch Nicolas, qui prit par la suite le nom de Chamfort, né probablement à Clermont-Ferrand le 6 avril 1740 et mort à Paris le 13 avril 1794 est un poète, un journaliste et un moraliste français.

Sébastien Roch Nicolas dit Chamfort est un élève indolent mais doué, il se révèle après de brillantes études à Paris avant d'entamer une carrière de mercenaire-littéraire. Ses talents sont multiples : écrivain, journaliste, poète, auteur de ballets et de pièces de théâtres, de comédies, de tragédies... D'un cynisme prononcé, il n'a de cesse de dénoncer les méfaits de la société du XVIIIe siècle. Lauréat de l'Académie de Marseille et de l'Académie française, ses écrits sont reconnus et appréciés des plus grands : Stendhal et Nietzsche. Il s'est également consacré à la rédaction d'articles littéraires sur les mémoires de Duclos et du duc de Richelieu. Ses articles lui ont valu quelques remarques de considération. Ami de Mirabeau, il compose pour lui quelques fameux discours dont un contre les Académies. Suspect sous la Terreur, Chamfort tente de se suicider mais ne meurt que cinq mois plus tard nous léguant une de ses œuvres incontournable 'Maximes, pensées, caractères et anecdotes' rédigée pendant sa longue agonie.

À celle qui n'est plus

Dans ce moment épouvantable,

Où des sens fatigués, des organes rompus,

La mort avec fureur déchire les tissus,

Lorsqu'en cet assaut redoutable

L'âme, par un dernier effort,

Lutte contre ses maux et dispute à la mort

Du corps qu'elle animait le débris périssable;

Dans ces moments affreux où l'homme est sans appui,

Où l'amant fuit l'amante, où l'ami fuit l'ami,

Moi seul, en frémissant, j'ai forcé mon courage

À supporter pour toi cette effrayante image.

De tes derniers combats j'ai ressenti l'horreur;

Le sanglot lamentable a passé dans mon cœur;

Tes yeux fixes, muets, où la mort était peinte,

D'un sentiment plus doux semblaient porter l'empreinte;

Ces yeux que j'avais vus par l'amour animés,

Ces yeux que j'adorais, ces yeux que j'ai fermés !


Ne tenir dans la main de personne, être l’homme de son cœur, de ses principes, de ses sentiments, c'est ce que j'ai vu de plus rare.


Ce que j'ai appris, je l'ai oublié ; ce que je sais, je l'ai inventé.

On n'aime pas à voir plus heureux que soi.

On ne peut pas être et avoir été.

Il y a deux choses auxquelles il faut se faire sous peine de trouver la vie insupportable : ce sont les injures du temps et les injustices des hommes.

Il y a dans le cerveau des femmes une case de moins, et dans leur cœur une fibre de plus que chez les hommes.

L'influence qu'exerce sur notre âme une idée morale, contrastante avec des objets physiques et matériels, se montre dans bien des occasions ; mais on ne la voit jamais mieux que quand le passage est rapide et imprévu. Promenez-vous sur le boulevard, le soir : vous voyez un jardin charmant, au bout duquel est un salon, illuminé avec goût. Vous entrevoyez des groupes de jolies femmes, des bosquets, et, entre autres, une allée fuyante où vous entendez rire : ce sont des nymphes ; vous en jugez par leur taille svelte, etc. Vous demandez quelle est cette femme, et on vous répond : «C'est Mme de B..., la maîtresse. » Il se trouve par malheur que vous la connaissez, et le charme a disparu.

On ne connaît pas du tout l'homme qu'on ne connaît pas très bien ; mais peu d'hommes méritent qu'on les étudie. De là vient que l'homme d'un vrai mérite doit avoir en général peu d'empressement d'être connu. Il sait que peu de gens peuvent l'apprécier, que dans ce petit nombre chacun a ses liaisons, ses intérêts, son amour-propre, qui l'empêchent d'accorder au mérite l'attention qu'il faut pour le mettre à sa place. Quant aux éloges communs et usés qu'on lui accorde quand on soupçonne son existence, le mérite ne saurait en être flatté.

 Savoir prononcer ce mot [non] et savoir vivre seul sont les deux seuls moyens de conserver sa liberté et son caractère.

 Il y a des hommes à qui les illusions sur les choses qui les intéressent sont aussi nécessaires que la vie. Quelquefois cependant ils ont des aperçus qui feraient croire qu'ils sont près de la vérité ; mais ils s'en éloignent bien vite, et ressemblent aux enfants qui courent après un masque, et qui s'enfuient si le masque vient à se retourner.

 Le sentiment qu'on a pour la plupart des bienfaiteurs, ressemble à la reconnaissance qu'on a pour les arracheurs de dents. On se dit qu'ils vous ont fait du bien, qu'ils vous ont délivré d'un mal, mais on se rappelle la douleur qu'ils ont causée, et on ne les aime guère avec tendresse.

 Il en est du bonheur comme des montres. Les moins compliquées sont celles qui se dérangent le moins.

 La célébrité est le châtiment du mérite et la punition du talent.

 La vie contemplative est souvent misérable. Il faut agir davantage, penser moins, et ne pas se regarder vivre.

 Un homme amoureux est un homme qui veut être plus aimable qu'il ne peut ; et voilà pourquoi presque tous les amoureux sont ridicules.

 L'amour, tel qu'il existe dans la société, n'est que l'échange de deux fantaisies et le contact de deux épidermes.

 Pour qu'une liaison d'homme à femme soit vraiment intéressante, il faut qu'il y ait entre eux jouissance, mémoire ou désir.

 Qu'est-ce que c'est qu'une maîtresse ? Une femme près de laquelle on ne se souvient plus de ce qu'on sait par cœur, c'est-à-dire de tous les défauts de son sexe.

 On dit communément : « La plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu'elle a » ce qui est très faux : elle donne précisément ce qu'on croit recevoir, puisqu'en ce genre c'est l'imagination qui fait le prix de ce qu'on reçoit.

 Le divorce est si naturel que, dans plusieurs maisons, il couche toutes les nuits entre deux époux.

 En amour, tout est vrai, tout est faux ; et c'est la seule chose sur laquelle on ne puisse pas dire une absurdité.
 La plupart des livres d'à présent ont l'air d'avoir été faits en un jour avec des livres lus de la veille.

 On n'est point un homme d'esprit pour avoir beaucoup d'idées comme on n'est pas un bon général pour avoir beaucoup de soldats.

 C'est après l'âge des passions que les grands hommes ont produit leurs chefs-d’œuvre, comme c'est après les éruptions des volcans que la terre est plus fertile.

 Spéron-Spéroni explique très bien comment un auteur qui s'énonce très clairement pour lui-même est quelquefois obscur pour son lecteur : « C'est, dit-il, que l'auteur va de la pensée à l'expression et que le lecteur va de l'expression à la pensée. »

 Il n'y a d'histoire digne d'attention que celle des peuples libres. L'histoire des peuples soumis au despotisme n'est qu'un recueil d'anecdotes.


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