samedi 11 février 2012

Morceaux choisis - Victor Hugo



Un cri dans la nuit
     
"Chaque homme dans sa nuit s'en va vers sa lumière"
Victor Hugo

Chuchotements.

Tombent les mots timides de tes lèvres
S’arrêtent un instant
Sur les ailes de l’air ambiant
Qui les reloge comme des poignards
Au fond de ton cœur meurtri
Et prend la fuite
Empruntant la voie de tes soupirs
Laissant tomber des mots lourds
De tes blessures béantes
Que les rossignols viendront extirper
De dessous les feuilles mortes de l’automne
Les élevant vers les sommets des arbres
Pour les chanter en mélodies
Annonciatrices d’une joie
Qu’enfantera dans la douleur, ton silence.

Gémissements.

Tristes litanies que recueilleront les étoiles
Des lèvres des âmes martyrisées
Les élevant au-delà des nuages
Pour les réciter en prières sacrées
Que fredonneront des mères désespérées
A l’invocation d’une mort libératrice
Pour des enfants au ventre creux
Et les membres transis de froid
Dans des contrées lointaines
Que l’amour a déserté

Cri.

Le matin appelle tes pas indécis
Essayant de les corriger et te guider
Il prend ta main dans la fraîcheur de sa rosée
Et te souffle d’entre les relents
Montant de la terre mouillée :
"Ami, extirpe cette douleur en toi
Epargne à ton âme cette souffrance
Chuchotements et gémissements
Sont les refuges des faibles
As-tu oublié ce cri qui t’a jadis
Libéré des ténèbres de l’utérus ?
CRIE de nouveau !
Tu ramasses alors tes vers et tes rimes
Tu allumes une bougie dans tes ténèbres
De l’abime du silence monteront tes lèvres
Pour reprendre leur droit à la parole et aux baisers
Tu feras jaillir ce cri
Enfoui en toi depuis la nuit des temps
Annonçant ton refus aux règles imposées
Ton refus aux frontières gravées en cervelle
Et à ton état de clone aux idées larvées
Cette nouvelle naissance tuera l’agneau en toi
Et t’emmènera loin des sentiers cachés
Que tu empruntais loin de la lumière du jour
Tu comprendras enfin que grâce à ce cri
"Chaque homme dans sa nuit s’en va vers sa lumière".

Victor Hugo

"Tournesol" de Vladimir Kush

samedi 4 février 2012

Communications avec Hanx (27)



L’épée de lumière

Le seul  vrai problème que vous ayez est un problème d’identité. On peut tout supporter dans la vie quand on sait qui on est ; par contre, quand vous ne retrouvez pas votre identité, vous êtes en perdition dès la moindre épreuve. Le problème existentiel qui demeure est le suivant : pourquoi la majorité d’entre vous ne savent pas, ou plutôt ne savent plus, qui ils sont et qu’est-ce qu’ils font ici-bas, maintenant ?

Avez-vous remarqué lorsque vous regardez votre lucarne magique que, selon les conditions climatiques, il peut y avoir des interruptions momentanées de la réception, voire un arrêt définitif du fonctionnement de la machine à images ?  La raison en est purement technique ; il y a des coups de bélier dans la distribution électrique et votre appareil ne résiste pas à ces distorsions de fréquence.

Il en va de même pour vous, sur terre, à l’heure actuelle ; les modifications cosmiques provoquent des irrégularités du courant magnétique, lesquelles génèrent des pannes qui se traduisent par des amnésies existentielles. Vous étiez acteurs de votre propre vie et vous devenez de véritables boules de billard qui n’existent que par l’effet qui leur a été donné à leur insu par des facteurs extérieurs; vous êtes absents de vous-mêmes, inertes et passifs, tout comme si vous aviez été décérébrés.

Pourtant, vous avez la possibilité de résister à ces aléas du cosmos ; il vous suffit de faire un travail régulier de concentration spirituelle et d’élever votre degré de vibration cellulaire, au fur et à mesure que la vibration gravitationnelle s’accélère.
Il faut ajouter, pour bien comprendre l’état de votre situation de façon complète, que dans le même temps vous faites l’objet de manœuvres agressives de certaines forces qui n’hésitent pas à utiliser des armes électromagnétiques pour stériliser complétement l’humanité en lui interdisant toute possibilité d’élévation spirituelle. On vous traite comme du bétail ; vous êtes élevés, parqués, manipulés et finalement condamnés par un système pervers qui ne perdure qu’en vous soumettant.

Quand allez-vous comprendre que vous avez en vous les ressources nécessaires à votre libération ?
Il vous suffit de vouloir retrouver votre identité réelle, de vouloir vous libérer des entraves qu’on vous impose et de sortir du troupeau dans lequel on vous enferme. Si vous le voulez, vous le pouvez ; il suffit de se redresser pour exister.
Leur puissance n’existe que parce que vous vous soumettez ; décidez de résister, faites face, combattez et ils sont alors condamnés à disparaitre. Car ils n’ont pas la puissance ou le pouvoir de vous soumettre ; leur force est purement illusoire, c’est un effet d’optique, une hallucination holographique. Si vous vous décidez à fixer leur image en faisant appel à vos forces spirituelles, vous vous apercevrez qu’elle se dissout immédiatement, qu’elle retourne à la vacuité qui l’a engendrée.

C’est aussi simple que cela ; faites face, affrontez-les et ils disparaitront, car, en fait, spirituellement ils n’existent pas. L’heure est maintenant venue ; ils sont à bout de force et ils n’ont plus le temps ; leur compte à rebours a été initié il y a déjà longtemps et ils vont retourner dans l’ombre qui les a enfantés et qu’ils n’auraient jamais dû quitter.
Homme de peu de foi, tu n’as qu’à te lever pour les faire disparaitre ; ils n’existent que parce que tu as démissionné. Brandis ton épée de lumière et tu redeviendras le guerrier que tu n’aurais jamais dû cesser d’être.
Quand la lumière paraît, l’ombre disparaît.

Ainsi parle Gabriel Garcia Marquez



Lettre d’adieu de Gabriel García Márquez

Gabriel Garcia Marquez souffre d’un cancer lymphatique. Son état s’aggrave de jour en jour. Il adresse alors la splendide lettre d’adieu ci-dessous à ses amis
Gabriel José de la Concordia García Márquez, né le 6 mars 1928, est un écrivain colombien (essentiellement romancier et nouvelliste) lauréat du prix Nobel de littérature. Également journaliste et activiste politique, il a beaucoup voyagé en Europe et vit actuellement à Mexico où il se bat depuis huit ans contre son cancer.

« Si pour un instant Dieu oubliait que je suis une marionnette de chiffon et m’offrait un morceau de vie, je profiterais de ce temps du mieux que je pourrais.
Sans doute je ne dirais pas tout ce que je pense, mais je penserais tout ce que je dirais.
Je donnerais du prix aux choses, non pour ce qu’elles valent, mais pour ce qu’elles représentent.
Je dormirais peu, je rêverais plus, sachant qu’en fermant les yeux, à chaque minute nous perdons 60 secondes de lumière.
Je marcherais quand les autres s’arrêteraient, je me réveillerais quand les autres dormiraient.
Si Dieu me faisait cadeau d’un morceau de vie, je m’habillerai simplement, je me coucherais à plat ventre au soleil, laissant à découvert pas seulement mon corps, mais aussi mon âme.
Aux hommes, je montrerais comment ils se trompent, quand ils pensent qu’ils cessent d’être amoureux parce qu’ils vieillissent, sans savoir qu’ils vieillissent quand ils cessent d’être amoureux !
A l’enfant je donnerais des ailes mais je le laisserais apprendre à voler tout seul.
Au vieillard je dirais que la mort ne vient pas avec la vieillesse mais seulement avec l’oubli.
J’ai appris tant de choses de vous les hommes… J’ai appris que tout le monde veut vivre en haut de la montagne, sans savoir que le vrai bonheur se trouve dans la manière d’y arriver.
J’ai appris que lorsqu’un nouveau-né serre pour la première fois, le doigt de son père, avec son petit poing, il le tient pour toujours.
J’ai appris qu’un homme doit uniquement baisser le regard pour aider un de ses semblables à se relever.
J’ai appris tant de choses de vous, mais à la vérité cela ne me servira pas à grand-chose, si cela devait rester en moi, c’est que malheureusement je serais en train de mourir.
Dis toujours ce que tu ressens et fais toujours ce que tu penses.
Si je savais que c’est peut être aujourd’hui la dernière fois que je te vois dormir, je t’embrasserais très fort et je prierais pour pouvoir être le gardien de ton âme.
Si je savais que ce sont les derniers moments où je te vois, je te dirais "je t’aime" sans stupidement penser que tu le sais déjà.
Il y a toujours un lendemain et la vie nous donne souvent une autre possibilité pour faire les choses bien, mais au cas où elle se tromperait et c’est si c’est tout ce qui nous reste, je voudrais te dire combien je t’aime, que jamais je ne t’oublierais.
Le lendemain n’est sûr pour personne, ni pour les jeunes ni pour les vieux.
C’est peut être aujourd’hui que tu vois pour la dernière fois ceux que tu aimes. Pour cela, n’attends pas, ne perds pas de temps, fais le aujourd’hui, car peut être demain ne viendra jamais, tu regretteras toujours de n’avoir pas pris le temps pour un sourire, une embrassade, un baiser parce que tu étais trop occupé pour accéder à un de leur dernier désir.
Garde ceux que tu aimes prés de toi, dis leur à l’oreille combien tu as besoin d’eux, aime les et traite les bien, prends le temps pour leur dire ‘je regrette’, ‘pardonne-moi’, ‘s’il te plait’, ‘merci’, et tous les mots d’amour que tu connais.
Personne ne se souviendra de toi pour tes pensées secrètes. Demande la force et la sagesse pour les exprimer.
Dis à tes amis et à ceux que tu aimes combien ils sont importants pour toi.
Envoie cette lettre à tous ceux que tu aimes, si tu ne le fais pas, demain sera comme aujourd’hui. Et si tu ne le fais pas cela n’a pas d’importance. Le moment sera passé.
Je vous dis au revoir avec beaucoup de tendresse. »

"Icare" de Vladimir Kush

samedi 28 janvier 2012

La cohésion de soi


« L'âme captive » (Soul in bondage) par Elihu Vedder

 « La vie n'est qu'un fantôme errant, un pauvre comédien qui se pavane et s'agite durant son heure sur la scène et qu'ensuite on n'entend plus ; c'est une histoire dite par un idiot, pleine de fureur et de bruit, et qui ne signifie rien… »
William Shakespeare - Macbeth (acte V, scène 5) 

 « Qui ne s’interroge pas est une bête, car le souci constitutif de toute vie humaine est celui de son sens. »
Arthur Schopenhauer

La cohésion de soi

La plupart des spiritualités cherchent une libération de l'âme prisonnière de la matière ; chacune propose sa voie, soit dans le cadre des religions, soit dans la quête initiatique.
Il n’y a que deux voies en fait, qui se déclinent en une pluralité de chemins.
L’une est la voie de la croyance, de l’adhésion à un système de valeurs codifiées dans des dogmes, c’est le mysticisme. L’autre est la voie de la connaissance, la recherche d’une tradition initiatique, c’est la gnose.

Je ne parlerai pas ici des religions que je ne pratique pas mais de la gnose qui est fondée sur la connaissance de soi, sur un travail intérieur personnel qui, à terme, doit devenir libératoire.
Il est impératif dans cette démarche de recherche et d’action de trouver le sens de la vie, puis de progresser, de façon constante et régulière, sur un chemin qui se découvrira, au fur et à mesure de notre avancée.

Trouver le sens de la vie, comme le terme l’implique, c’est découvrir la signification et la direction de notre existence.

Commençons donc par la signification ; J. Krishnamurti nous dit : « Nous aurons à découvrir la signification de la vie, ne lui accordant pas seulement une portée intellectuelle, mais en regardant ce que cela signifie que de vivre. Nous devrons aussi approfondir la question de savoir ce que c’est que l’amour, et ce que cela signifie de mourir. Ces choses doivent être examinées au niveau du conscient et dans les recoins les plus profonds, les plus cachés de l’esprit.»
C’est en conscience que nous devons travailler à résoudre cette énigme ; nous devons tout d’abord nous servir de l’outil de l’intellect, pour repérer et identifier, puis passer au niveau spirituel, pour saisir le sens par l’intuition.
Faire très attention : l’intellectuel sans le spirituel reste superficiel ; on reste alors dans le monde de l’ego sans pouvoir atteindre l’âme.

Dans le même temps, car les choses ne sont pas séparées, nous travaillons sur la direction à adopter ; ici, c’est une notion de mouvement, de dynamique, qui est abordée. Il faut se mettre en marche, il faut agir et prendre le chemin spirituel.

C’est à partir de là qu’intervient la cohésion de soi qui est nécessaire à la réussite de la démarche. Nous devons respecter une harmonie et une justesse dans notre comportement pour pouvoir accéder avec succès au terme de notre quête.

Cette cohésion de soi se décline dans le triptyque suivant :
Penser juste
Dire vrai
Faire bien

Il doit y avoir une continuité sans faille entre ces trois étapes, dans l’équilibre et avec une solidarité totale ; le seul manquement à l’un compromet la réussite du tout.
Penser juste est l’étape la plus difficile à franchir ; c’est elle qui inaugure le périple et il faut absolument que la pensée soit dans le bon axe pour ne pas hypothéquer toute perspective de réussite.  Penser juste, c'est penser à la chose telle qu'elle est, dans son essence même, et non à l'image que nous nous en faisons, c’est-à-dire à percevoir l’éclat fulgurant de l’âme, en toute conscience, avant que l’ego ne se l’approprie et la transforme en illusion d’optique.

Si la pensée n’est pas pure, elle ne peut plus être juste, et pour qu’elle soit dans la justesse, il faut également qu’elle génère une valeur de détachement, d’objectivité, d’équilibre, d’altruisme qui la mette à l’abri de toute velléité de récupération égoïste ou utilitaire.

La deuxième étape du dire vrai concerne l’extériorisation par la parole et doit porter témoignage de l’intégrité de la pensée initiale sans transformation, sans mise en scène risquant de dénaturer le sens au profit du paraître. Le dire vrai, c’est l’hommage rendu en permanence à la vérité, et rien qu’à la vérité.
« La Vérité vous rendra libres » (Jean 8/32) en ce qu’elle réalise la responsabilité qui est qui est le bras armé de la liberté.

Enfin, la troisième étape consacre l’action, le faire, ce qui porte création et transforme le projet en œuvre. Et s’il est vrai qu’on reconnait l’arbre à ses fruits, c’est à ses actions qu’on reconnaîtra toujours l’honnête homme, en tant qu’être social, et l’être spirituel, au-delà. Sans jamais rien concéder à la compromission, à la corruption ou au déjugement de soi, le faire bien doit consolider et aboutir la ligne droite tracée depuis le penser juste et le dire vrai.

Ainsi parlait Fernando Pessoa


Fernando António Nogueira Pessoanote est un écrivain, critique, polémiste et poète portugais, né le 13 juin 1888 à Lisbonne, ville où il meurt des suites de son alcoolisme le 30 novembre 1935 ; il a vécu un cinquième de sa vie en Afrique du Sud.
Théoricien de la littérature engagé dans une époque troublée par la guerre et les dictatures, ses vers mystiques et sa prose poétique ont été les principaux agents du surgissement du modernisme au Portugal.

« Les choses n'ont pas de signification : elles ont une existence.  »
« C'est l'amour qui est essentiel, le sexe n'est qu'un accident.  »
« Un Dieu naît. D'autres meurent. La vérité n'est ni venue ni partie : l'Erreur seule a changé.  »
« Toute la création est fiction et illusion. La matière est une illusion pour la pensée ; la pensée est une illusion pour l'intuition ; l'intuition est une illusion pour l'idée pure ; l'idée pure est une illusion pour l'être. Dieu est le mensonge suprême.  »
« Nous avons tous deux vies : la vraie, celle que nous avons rêvée dans notre enfance, et que nous continuons à rêver, adultes, sur un fond de brouillard ; la fausse, celle que nous vivons dans nos rapports avec les autres, qui est la pratique, l'utile, celle où l'on finit par nous mettre au cercueil. »

Initiation 
Tu ne dors pas sous les cyprès
car il n’est de sommeil en ce monde…
Le corps est l’ombre des vêtements
qui dissimulent ton être profond.
Vient cette nuit qu’est la mort,
et l’ombre s’achève sans avoir été.
Tu vas dans la nuit, simple silhouette,
Égal à toi contre ton gré.
Mais à l’Hôtellerie de l’Épouvante
les Anges t’arrachent ton manteau.
Tu poursuis sans manteau sur l’épaule
avec le peu qui te protège.
Lors les Archanges du Chemin
te dépouillent et te laissent nu.
Tu n’as plus ni vêtements ni rien :
tu n’as que ton corps, qui est toi.
Enfin, dans la profonde caverne,
les Dieux te dépouillent plus avant.
Cesse ton corps, âme externe,
Mais en eux tu vois tes égaux.
Le Sort n’a laissé parmi nous
que l’ombre de tes vêtements.
Tu n’es pas mort sous les cyprès.
Néophyte, il n’est point de mort.
***
 Traduction d’Armand Guibert