lundi 18 juin 2018

Etre, ou ne pas être ?



« Si les hommes n’ont pas pour unique objet le passage dans l’état d’éveil, c’est que les difficultés de la vie en société, la poursuite des moyens matériels d’existence ne leur laissent pas le loisir d’une telle préoccupation. Les hommes ne vivent pas seulement de pain, mais jusqu’à présent notre civilisation ne s’est pas montrée capable d’en fournir à tous.
A mesure que le progrès technique permettra aux hommes de respirer, la recherche de l’éveil, de l’hyperlucidité, se substituera aux autres aspirations. La possibilité de participer à cette recherche sera finalement reconnue parmi les droits de l’homme. La prochaine révolution sera psychologique. »

« Le matin des magiciens » – Louis Pauwels & Jacques Bergier


Etre, ou ne pas être ?

Poser la question, c’est déjà y répondre, a-t-on l’habitude de dire.

Comment analyser cet adage ?
Tout d’abord, un principe s’impose : s’il n’y a pas de question, il n’y a pas de réponse. Et c’est alors le règne de l’ignorance.
S’interroger, c’est vouloir connaitre, et ce pour pouvoir comprendre.
Que la question soit concrète ou abstraite, le processus reste le même.

La vie est ainsi faite qu’on la vit sans s’en rendre compte, comme si c’était un dû qui s’écoule naturellement, presque à notre insu. De l’enfance à la jeunesse, c’est dans l’insouciance que tout se déroule ; avec la maturité surviennent quelques questions qui restent le plus souvent sans réponse parce que repoussées à plus tard….

Enfin, avec l’âge mûr, on se pose les vraies questions, avec cette sensation toujours plus prenante qu’on est le dos au mur et qu’il n’y a plus de temps à perdre. Et comme dit le dicton populaire, « c’est au pied du mur qu’on voit le maçon ». Plus d’échappatoires ou de dérobade, il faut s’y mettre et affronter la réalité, désormais à court terme, les yeux dans les yeux.

Mais par quel bout le prendre ?
Il est difficile de s’interroger sur sa vie parce qu’on manque de recul et d’impartialité mais il est pratiquement impossible pour tout un chacun de comprendre le sens de sa vie.
Se demander si notre vie a un sens c’est déjà sous-entendre qu’elle doit en avoir un, mais que nous ne le connaissons pas. Et passer sa vie à rechercher ce sens ne nous apportera rien, car il s’agit d’une recherche intellectuelle qui n’a pas de prise sur ce qui la dépasse.

Il ne faut surtout pas confondre la chevauchée intellectuelle avec le cheminement spirituel.

Ce qui distingue la vie spirituelle de la vie intellectuelle est que la seconde permet de connaitre le monde, et tout son environnement matériel et concret, alors que la première doit permettre de se connaitre soi-même, au-delà des apparences, pour trouver le sens de son existence.

Le critère essentiel de la spiritualité coïncide avec l’intériorité, que l’homme nourrit et développe par l’introspection et la méditation régulières.
C’est le propre de la démarche spirituelle : ne rien attendre de l’extériorité pour ouvrir la porte à l’intériorité.

Un second critère de la spiritualité est la verticalité; l’intellect est au spirituel ce que l'horizontalité est à la verticalité. La verticalité ouvre le champ de la spiritualité, de la hauteur, du recul... Mais la verticalité ne peut s'exprimer en dehors de toute horizontalité, tout comme le spirituel a besoin de l’intellect pour pouvoir décoller vers d’autres champs de conscience.
Pour s’élever au-dessus de la matière et se dégager des contingences qui nous parasitent sans cesse, il faut prendre de l’altitude pour atteindre un ailleurs ressenti comme libératoire.  En fait, l’intellect mène au spirituel à condition d’en sortir.

Un troisième critère est le lâcher prise, qui permet de se détacher de ce qui nous entoure au quotidien pour atteindre à une sorte de sérénité nonchalante.
Le fait d’être en attente nous met en état de dépendance de ce que nous attendons. Si nous n’attendons rien, nous sommes totalement libre et disponible pour nous occuper de nous-même.

Lâcher prise peut se comprendre de plusieurs façons ; mais pour faire simple et bien définir cette notion primordiale de la spiritualité, il faut avoir recours à son contraire : le contrôle.
Lâcher prise, c’est abandonner toute volonté de contrôle, toute vigilance chronique.
Il faut ouvrir les vannes et se vider de tout ce qui nous envahit à longueur de temps : nos affects, nos pulsions, nos émotions, nos mémoires, conscientes ou enfouies, qui nous parasitent et nous oppressent.

Prendre conscience de ce fonctionnement routinier, qui nous pilote à notre insu, en l’identifiant permet de le neutraliser. Vous devez être capable d’observer vos pensées sans vous laisser entrainer par elles, en restant indifférent à leur présence. Progressivement le processus même de la pensée va se raréfier, puis s’arrêter totalement.
En devenant observateur neutre de vous-même, vous vous éveillerez au calme intérieur qui vous permettra d’être présent en conscience et d’acquérir une véritable lucidité spirituelle. Il ne sera plus question de réussir dans la vie mais bien de réussir sa vie et de réaliser l’épanouissement de notre être.

"Tout le chemin de la vie, c'est de passer de l'ignorance à la connaissance, de l'obscurité à la lumière, de l'esclavage des sens à la liberté de l'esprit, de l'inaccompli à l'accompli, de l'inconscience à la conscience, de la peur à l'amour.
Cette quête, c'est la plus belle aventure qui soit : l'aventure intérieure de la sagesse. Pour cela, peu importe que tu sois riche ou pauvre, humble ou puissant, petit ou grand. La sagesse est offerte à tous. Elle se donne gratuitement. Il suffit juste de la désirer.
Et toute la vie t'apparaîtra comme ce qu'elle est : un voyage initiatique.
Allons, mets-toi en marche et va vers toi-même. Alors, l'univers te sourira."
Frédéric Lenoir  -  L'Ame du Monde



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