dimanche 20 mars 2011

Etre ou ne pas être




Etre ou ne pas être
ou
le conflit ésotérique

« Quand on demande à quelqu'un vivant sous cette pression constante de la vie contemporaine de diriger sa vision mentale vers lui-même, il répond généralement qu'il ne lui reste pas assez de temps pour se livrer à de telles pratiques.
[...]
S'il accepte, il dira dans la plupart des cas qu'il ne voit rien : brouillard; obscurité. De manière plus exceptionnelle, l'observateur indique qu'il perçoit quelque chose qu'il ne peut définir car cela change tout le temps.

Cette dernière observation est correcte. En fait, tout change continuellement en nous. Un choc extérieur mineur, qu'il soit agréable ou désagréable, heureux ou triste, est suffisant pour donner à notre contenu intérieur une apparence complètement différente.

Si nous suivons sans préjudice cette observation intérieure, cette introspection, nous remarquerons bien vite que notre « Moi », duquel nous sommes invariablement si fier, n'est pas toujours le même moi : le « Moi » change.

Lorsque cette impression se précise davantage, nous commençons à mieux nous rendre compte qu'il n'y a pas qu'un être unique qui vit en nous, mais plusieurs, chacun ayant ses propres goûts, ses propres aspirations, et chacun essayant d'atteindre ses propres fins.
Si nous continuons cette expérience, nous serons bientôt en mesure de distinguer trois courants au sein de cette vie en perpétuel mouvement : celui de la vie végétative des instincts, si l'on peut dire, celui de la vie animale des sentiments et finalement celui de la vie humaine dans le sens propre du terme, caractérisé par la pensée et la parole.

C'est comme s'il y avait trois êtres en nous, tous extraordinairement enchevêtrés.

Ainsi, nous en venons à apprécier la valeur de l'introspection en tant que méthode de travail pratique nous permettant de nous connaître et d'entrer en nous-mêmes.

Le contenu intérieur de l'homme est analogue à un vase rempli de limaille de fer se trouvant dans un état désordonné causé par une action mécanique. Chaque choc reçu par le vase engendre un déplacement des particules de limaille de fer. Ainsi la vie réelle demeure cachée pour l'être humain, par suite des changements constants qui se produisent dans sa vie intérieure.

Malgré cela, comme nous le verrons plus loin, cette situation insensée et dangereuse peut être modifiée d'une manière bénéfique. Mais cela demande du travail; un effort consciencieux et soutenu. L'introspection, exécutée sans relâche, se traduit par une plus grande sensibilité interne. Cette sensibilité améliorée intensifie à son tour l'amplitude et la fréquence du mouvement à chaque fois que la limaille de fer est perturbée. Par conséquent, des chocs qui auparavant n'étaient pas détectés provoqueront maintenant de vives réactions. Ces mouvements, à cause de leur amplification continue, peuvent créer une friction entre les particules de fer tellement intense que nous sentirons peut-être un jour le feu intérieur s'allumer en nous.

Le feu ne doit pas demeurer une flambée inoffensive. Comme il ne suffit pas non plus qu'il reste à l'état de braise, dormant sous la cendre. Un feu vivant et ardent, une fois allumé, doit être soigneusement entretenu par la volonté d'affiner et de cultiver la sensibilité. En continuant dans cette voie, notre état peut changer : la chaleur de la flamme entamera alors un processus de fusion en nous.

A partir de ce moment, le contenu intérieur ne se comportera plus comme un tas de limaille de fer : il formera un bloc. Ainsi, de nouveaux chocs ne provoqueront plus de changement intérieur dans l'homme comme c'était le cas auparavant. Ayant atteint ce point, l'homme aura acquis une certaine fermeté ; il restera lui-même au milieu des tempêtes que la vie est susceptible de lui faire subir.

L'homme adamique, qui n'a pourtant que vaguement conscience de son « Moi » véritable, trouve que c'est une source de conflit interne qu'il ne peut résoudre sur un plan purement humain. Ce conflit devient plus aigu à partir du moment où il entre activement dans le travail ésotérique. C'est à ce moment là qu'il commence à être faible et devient la proie de l'incertitude, du doute et du manque de confiance envers lui-même car le chemin qui conduit à la Vérité passe toujours par le doute. Durant ce travail, nous avons été témoins plusieurs fois de la somme considérable d'efforts et d'efforts extraordinaires qui sont exigés de l'homme adamique qui, après avoir reconnu sa place dans la vie, traverse résolument le Premier Seuil et gravit l'escalier pour atteindre et franchir le Second Seuil avec à clé, la Rédemption promise.

Les hommes pré-adamiques ne sont pas sujets à ces crises d'angoisse et ces conflits intérieurs permanents; ce n'est pas qu'ils vivent dans une paix parfaite, ou qu'ils ne soient jamais perturbés par des conflits – loin de là – mais dans la plupart des cas, leurs conflits se passent à l'intérieur de la personnalité, entre les différents groupes de petits « Moi » qui sont à l'origine de ces conflits. Il en résulte que le caractère de ces conflits est purement psychique et qu'ils sont généralement résolus par une  sorte de compromis.

Les conflits plus sévères survenant chez l'homme pré-adamique se produisent entre le « Moi » de la personnalité et le « Moi » du corps. Nous avons longuement couvert le sujet dans le tome II de Gnosis, en insistant sur le fait que le « Moi » du corps prend généralement le dessus sur la Personnalité faible et changeante, qui capitule sans livrer de combat véritable chaque fois qu'il est question de satisfaire l'estomac ou les appétits sexuels.
Une justification est alors recherchée dans des slogans tels que ceux qui nous permettent de penser qu'il est normal d'« agir comme tout le monde » ou dans un écheveau de raisons paradoxales qui ne sont que des mensonges que l'on se fait à soi-même.
L'individu doté d'une âme, est cependant différent, ayant « chuté » dans ce monde et ne gardant qu'un souvenir des mondes supérieurs provenant de son « Moi » réel. La tension entre ce « r-appel » de sa vraie nature exercée par le « Moi » réel et la nature déchue de sa Personnalité, est ce qui crée les conditions pour le chauffage du creuset lorsque les deux entrent en conflit. [Le conflit décrit dans les textes alchimiques, les épreuves du Chevalier dans sa Quête du Graal.]

Mais les conflits intérieurs de l'homme adamique, qui entame souvent le travail ésotérique parce qu'il a atteint la dernière extrémité de la faillite morale, ne peuvent être résolus par des compromis, car il n'y a pas de place pour ce genre de solution dans la conscience du « Moi » réel duquel il reçoit les appels. En lui, c'est l'ensemble formé par la Personnalité entière et le « Moi » du corps, un ensemble qui, directement ou indirectement, est souvent contraint à agir sous la direction du centre sexuel, qui fuit la voix de la conscience, c'est à dire la voix du « Moi » réel. Il a alors le choix : ou bien il obéit à son « Moi » réel et triomphe sur lui-même, ou bien il fuit ce combat invisible pour se réfugier dans des illusions puissantes et apaisantes offertes par une vie passée à se mentir.

Dans tous les cas, si l'homme adamique triomphe sur lui-même, lui permettant ainsi de résoudre le conflit interne du moment, cela impliquera alors inévitablement une modification de son attitude envers la vie extérieure. Généralement, cela se soldera par un conflit avec ses proches, à moins que ces derniers ne le suivent pas à pas dans son évolution ésotérique, ce qui est rare.

Cela ne veut pas dire que ceux qui sont proches et chers à ses yeux lui souhaitent du mal; au contraire, c'est pratiquement toujours son bien qu'ils ont en vue : le conflit survient simplement de leurs différentes vues au sujet de ce qui est réel. Si ceux qui entourent l'individu en question sont pré-adamiques, ils ne pourront jamais être d'accord avec lui, étant incapables de comprendre les raisons de ce changement d'attitude et dans l'incapacité de saisir la nature du but qu'il poursuit. Ils deviendront automatiquement les instruments de la Loi Générale qui fait en sorte que ceux qui s'écartent du droit chemin soient ramenés au bercail. C'est ainsi que « l'homme aura pour ennemis les gens de sa maison». »

Extraits de « Gnosis » (tome III) de Boris Mouravieff

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