lundi 26 novembre 2012

Ainsi parlait Guido De Giorgio




Guido De Giorgio (1890-1957) est l'une des figures les moins connues de l'intellectualité traditionnelle au XXème siècle ; il en est pourtant l'une des plus exemplaires.
Après avoir fait des études de philosophie, il part en Tunisie, où il entre en contact avec des représentants de l'ésotérisme islamique. Au lendemain de la première Guerre mondiale, il fait la connaissance de René Guénon et noue avec lui des liens d'amitié profonds et durables.
 De Giorgio connaît aussi dans les années vingt, Arturo Reghini, auteur de nombreuses et importantes études traditionnelles sur le symbolisme hermétique et maçonnique et sur les nombres pythagoriciens, ainsi que Julius Evola, collaborant à la revue Ur de ce dernier, avant d'être le véritable inspirateur d'une autre revue dirigée par Evola, La Torre.
Désireux de ne rien concéder au monde moderne et fidèle à sa vocation ascétique, il mènera plus tard une existence solitaire dans les Alpes piémontaises, ayant trouvé refuge dans un presbytère abandonné. C'est en ce lieu qu'il écrira ses principaux ouvrages, « La Tradizione Romana » et « Dio e il Poeta », qui tous deux seront publiés longtemps après sa mort.
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« L’homme agonise, l’homme meurt, et sur son visage contracté par des héroïsmes artificiels et des « dépassements » fallacieux se lit la déréliction du Trompé et du Trahi, de celui qui a tout perdu et qui rit bruyamment pour cacher sa douleur. »


Retour à l’esprit traditionnel

« Poussé de l’extérieur, il est tourné vers l’extérieur. L’homme moderne, nous dit De Giorgio, cède donc à l’éblouissement de l’avenir, sans même soupçonner, dans sa pauvreté, l’existence de ce qu’il ne voit pas, de ce qui le dépasse, qui est avant lui, derrière lui en tant que veine profonde et invisible. Le rythme de la Contemplation étant épuisé, reste, artificiellement renforcé, le rythme de l’Action (…), l’homme cadavre vit le mythe du futur, c’est à dire de l’irréalisable, et en fait la couronne et le masque de sa propre mort: mort avant de naître, il affirme une vie à venir; putréfié avant de vivre, il joue comme un moribond avec la résurrection future; dans un présent néantisé, il se tourne vers un avenir illusoire.»

La Tradition et la Réalisation-1928

« C’est à ce moment, ô constructeurs de tours, que votre jeu finira: et tous les hochets de métal que vous avez si laborieusement élevés auprès de vos pensées seront la dernière couronne de votre dernière veille guerrière. De votre dernière guerre profane, esclaves et fils d’esclaves.
 Courez donc, courez: derrière la fiente des artistes, des philosophes, des savants, des politiciens, des découvreurs; courez et soufflez.
(…)
Les cadavres ne sont faits que pour les cimetières, et les vers ne sont faits que pour les cadavres: ainsi, constructeurs de tours, cadavres, vous avez d’abord dressé vos échafauds, puis vos cordes, et maintenant vous pendez dans l’allégresse de la liberté.
 Et vous qui avez nié la Vraie Loi, celle qui seule vous donnait la possibilité du Supramonde, vous obéissez désormais, et depuis des siècles, à la loi du Grand Ver, et, surhommes du néant, vous tendez vos joues au fouet de la sombre idole, du ver philosophe, du ver artiste, du ver savant, du ver politicien, du ver progrès.
(…)
Votre terre tourne depuis que vous tournez, depuis que le Grand Ver vous susurra qu’il faut chercher les cieux par les voies de la terre, à la lueur de lampions mondains portés par des mains profanes.
(…)
Vinrent les philosophes, qui parsemèrent de temples les voies de la terre: les voies anciennes se peuplèrent de kiosques à journaux, où le ver de la pensée venait aligner ses théories de fétiches. Vinrent de même les artistes, et ils parcoururent de long en large les voies de la terre, et ils dirent à l’homme: « Regarde-toi, homme: qu’y a-t-il de plus que l’homme? ».

Quand les tours s’effondrent-1930

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