mercredi 16 septembre 2009

Ainsi parlait Aurobindo



Aurobindo

Cet immense monde matériel n'est qu'une geôle. En travers de chaque route se tient une loi agressive aux yeux de pierre, à chaque porte des sentinelles géantes et redoutables font les cent pas. Un tribunal lugubre de l'Ignorance, inquisition des prêtres de la Nuit se tient en séance pour juger l'âme vagabonde, et les tables de la loi et les normes karmiques répriment le Titan en nous, et le Dieu tout autant : la douleur avec son fouet, la joie avec son pot de vin d'argent montent la garde autour de la Roue qui tourne sur elle-même. Une bride est imposée au mental pour entraver son ascension et un sceau sur le cœur qui pourrait s'ouvrir trop grand ; la Mort arrête la Vie dans son voyage de découverte. C'est ainsi que le trône de l'Inconscient demeure en sûreté pendant que les méandres interminables des âges s'écoulent et que l'Animal piétine dans l'enclos sacré et que le Faucon d'or est interdit de vol dans les cieux.

Extrait de Savitri (I, 2)



Un zèle fanatique promouvait leurs cultes impitoyables,
Toute croyance qui n'était la leur était bannie sous condamnation d'hérésie;
Ils multipliaient les inquisitions, emprisonnaient, torturaient, brûlaient
Ou tuaient, et forçaient l'âme à renier son droit sous peine de mort.
La religion siégeait sur un trône baigné de sang
Parmi les credo conflictuels, les sectes ennemies.
Mille tyrannies opprimaient, exterminaient
Et fondaient l'unité sur la force et la fraude.
L'apparence seule avait valeur de réel :
L'idéal n'était qu'un coup de tête, cynique et ridicule :
Huée par la foule, sujette aux moqueries d'esprits éclairés
La recherche spirituelle, proscrite, s'égarait, –
Tissu rêvé de pensées illusoires
Ou folle chimère, ou bluff hypocrite,
Son ardent instinct à la remorque d'esprits obnubilés
Et perdu dans les circuits de l'Ignorance.
Le mensonge tenait lieu de vérité, le vrai était mensonger.
Le voyageur sur la Voie ascendante –
Car la route vers le ciel doit risquer l'Enfer –
Doit ici s'arrêter, ou lentement traverser cette région périlleuse,
Prières aux lèvres et le Nom magistral.
Si le discernement n'exerce, comme un fer de lance, toute sa subtilité,
Il pourrait s'embourber dans les rets interminables de l'erreur.
Il doit souvent jeter un coup d'œil derrière l'épaule
Comme s'il sentait sur la nuque le souffle de l'ennemi;
Autrement il serait surpris par de traîtres coups
Qui le renverseraient et le cloueraient au sol maudit,
Le dos percé par le pieu virulent du Mal.
Ainsi pourrait-il s'effondrer sur la route de l'Eternel
Et perdre l'unique occasion de l'esprit;
Aucune mention de lui ne parviendrait aux dieux qui l'attendent,
Il serait porté disparu au registre des âmes,
Son nom l'index d'un espoir raté,
Le classement d'une morte étoile remémorée.
Seuls ceux dont le cœur est fidèle à Dieu étaient saufs :
Portant leur courage comme armure, comme glaive leur foi, ils doivent avancer,
La main prête à frapper, l'œil aux aguets,
Le regard, aiguisé comme un fer de lance, porté devant,
Braves soldats héroïques des armées de Lumière.
Et même alors, le sinistre danger passé,
Se retrouvant dans un air plus pur, plus calme,
Oseraient-ils enfin respirer, sourire à nouveau,
S'avançant à nouveau sous un vrai soleil.
Même si l'Enfer y affirmait son ascendant, l'esprit ne perdait pas son pouvoir.

Extraits du septième Chant du Livre II


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