jeudi 5 novembre 2009

Le passage


Le passage

« Si Platon dit vrai, si la philosophie n'est autre chose que la préparation à la mort et à l'acte de mourir, nous ne sommes pas en droit d'attendre de la philosophie l'apaisement, la joie.
 Quoi que nous disions en effet et quelle que soit l'idée que nous nous faisons de la mort, toutes nos paroles, toutes nos idées concernant la mort dissimulent une grande angoisse et une immense tension. Et à mesure que nous creusons plus profondément la pensée de la mort, notre angoisse s'accentue.
La tâche dernière de la philosophie ne consiste donc pas à édifier un système, à fonder notre connaissance, à réconcilier les contradictions apparentes de l'existence; tout cela c'est la fonction des sciences qui, à l'inverse de la philosophie, sont au service de la vie - c’est-à-dire des besoins transitoires - et ne songent pas à la mort, c’est-à-dire à l'éternité.
La tâche de la philosophie consiste à arracher l'homme de son vivant à la vie. »
Léon Chestov

Un trajet continu pour se rendre d’un point à un autre, avec un changement de nature dans l’espace traversé, avec un ressenti mêlé d’angoisse et d’espoir, voilà la spécificité du passage, voilà le propre de notre vie. Celle-ci est déjà une succession de passages à assumer, de l’enfance à l’adolescence, de la maturité à la vieillesse et de la vieillesse à la mort. Tous ces passages sont autant de rituels que nous devons effectuer, en nous confrontant à nous-mêmes pour aller au-delà de nos possibilités habituelles au moyen d’expériences nouvelles et créatives dans des registres différents.

Le passage est cette confrontation qui nous permet d’accéder à une échelle supérieure et jusque-là inconnue de nous, en réalisant progressivement les étapes d’une auto-construction intime et personnelle.

Seulement voilà, pour réussir un passage, il y a deux conditions sine qua non qui sont : la conscience et le courage.

La conscience, car le trajet nécessaire à la réalisation du passage ne peut être effectué que si l’on a pris conscience d’un point de départ à quitter et d’un point d’arrivée à atteindre tout en ayant une connaissance précise des causes et des effets du passage en question. A défaut, on ne fait que déambuler dans un dédale ou un labyrinthe, pour aboutir à une impasse définitive.

Le courage, car tout rite de passage est plus ou moins difficile, en fonction de la nature de l’individu, et demande des facultés d’adaptation constantes, une capacité à se remettre en question au contact des obstacles rencontrés et la volonté d’aller de l’avant malgré les douleurs ou la souffrance supportées tout-au-long du trajet rituel.

Chaque passage est une étape intermédiaire nécessaire au développement de certains de nos sens, avec une difficulté croissante ; cette succession consiste en une véritable sélection d’abord naturelle, puis spirituelle.


Le premier écueil de l’enfance est facilité par le tutorat exercé par les parents (encore faut-il que ces derniers soient responsables en conscience de leur rôle de passeurs, ce qui est de moins en moins le cas à l’heure actuelle).

Le second passage de l’adolescence est délicat parce que correspondant à l’acquisition de l’autonomie, avec les responsabilités qu’elle implique.
La maturité de l’âge adulte doit permettre à chacun de réaliser des projets par le biais de l’action et de se réaliser en tant qu’être naturellement intégré dans un groupe familial, social et professionnel. C’est le moment du pragmatisme matériel et des risques d’égarement qui en sont le corollaire direct.
Puis arrive la vieillesse avec son inactivité inversement proportionnelle, l’affaiblissement physique et le sentiment irréversible que l’avenir est derrière soi.

Et c’est là la préparation du dernier passage ici-bas, sans doute le plus difficile pour tout le monde.

La mort est un passage, et en le franchissant, on est confronté à un mélange ambigu d’envie de voir du nouveau et de crainte de se confronter à l’inconnu. On quitte en effet une réalité naturelle que l’on connait parfaitement pour l’avoir pratiquée tout au long de sa vie, avec plus ou moins de réussite, d’échecs et de succès, pour arriver face à un mur que l’on doit franchir et dont on ignore tout de ce qui nous attend derrière.

Et pourtant ce dernier franchissement obligatoire est un passage obligé pour accéder à l’échelon supérieur de la dimension spirituelle de l’être. Et comme pour les autres passages antérieurs, il faut prendre en compte la nécessité de la prise de conscience nécessaire à sa réussite et du courage tout aussi nécessaire pour se donner toutes les chances d’avoir gain de cause dans cette entreprise exclusive et inédite.


Alors, pensez-y et donnez vous les moyens de triompher de la mort par l’habitude de la considérer et la connaissance des règles régissant les étapes de ce dernier passage.

Demain se prépare aujourd’hui, sinon il sera trop tard et la panique vous guettera au moment où vous aurez besoin de toute votre lucidité pour franchir la ligne d’arrivée en vainqueur.

 

"Tout ce qui aujourd’hui est une réalité faisait partie auparavant d’un rêve impossible."

William Blake

"La vieillesse bien comprise est l’âge de l’espérance."
Victor Hugo

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