vendredi 24 avril 2009

Chemin faisant


Chemin faisant

« Je ne suis qu’un piéton, rien de plus. »

Arthur Rimbaud
Lettre à Paul Demeny du 28 août 1871


« Lâchez tout
Lâchez votre femme, votre maîtresse

Lâchez vos espérances et vos craintes

Semez vos enfants au coin d’un bois
Lâchez la proie pour l’ombre
Lâchez au besoin une vie aisée
Ce qu’on vous donne pour une situation d’avenir

Partez sur les routes »


André Breton (1922)



« Rien ne me paraît plus nécessaire aujourd'hui que de découvrir ou redécouvrir nos paysages et nos villages en prenant le temps de le faire. Savoir retrouver les saisons, les aubes et les crépuscules, l'amitié des animaux et même des insectes, le regard d'un inconnu qui vous reconnaît sur le seuil de son rêve.
La marche seule permet cela.
Cheminer, musarder, s'arrêter où l'on veut, écouter, attendre, observer. Alors, chaque jour est différent du précédent, comme l'est chaque visage, chaque chemin. »


« Chemin faisant » de Jacques Lacarrière (1972)


Je marche parce que j’aime marcher. C’est un plaisir commode, très facilement praticable et qui ne coute pas cher. C’est aussi un espace de liberté appréciable qui permet de se ressourcer dans la nature et par là-même de se retrouver soi-même en redécouvrant les racines de l’homme au contact de la terre, de l’air pur, de la faune et de la flore. En fait c’est un luxe méconnu réservé aux seuls initiés qui respectent l’authenticité de ce rituel.

C’est aussi un besoin physique qui stimule les muscles, augmente l’oxygénation de l’organisme et régénère les organes.

Les premiers bienfaits remarqués sont la disparition de l'essoufflement, le renforcement du rythme cardiaque et une meilleure ventilation pulmonaire.
Ensuite, la force des membres inférieurs, l'aisance à se lever d'une chaise ou à monter des escaliers, l'impression d'agilité et la souplesse accrue de la colonne vertébrale contribuent à améliorer l’état physique général et à procurer un sentiment de bien être doux et régulier.


Âgé, c'est le bienfait articulaire, depuis les hanches jusqu'aux vertèbres du cou, auquel s’ajoute l’augmentation de l'épaisseur des cartilages articulaires qui protège de l'arthrose et freine la décalcification des os (ostéoporose).

Enfin, il faut savoir que
le cancer du côlon est deux fois moins fréquent chez les marcheurs et que, de plus, l’exercice régulier de la marche permet de diminuer le mauvais cholestérol et semble même augmenter l'espérance de vie.

La marche est encore très favorable aux personnes atteintes de varices et de certaines enflures des chevilles, parce qu'elle masse les veines des plantes de pieds et des mollets.

Voyez que, sans ce faire trop mal, on peut bénéficier à ce titre des bienfaits d’une véritable panacée universelle, simple et à portée de main, et garder ou obtenir une forme dynamique qui contribue efficacement à la préservation de notre capital santé.

C’est également un régulateur d’humeur qui réduit les tensions nerveuses, atténue les sautes de caractère et entretient positivement le moral.

La marche réduit le stress en permettant de se déconnecter des contrariétés de la vie quotidienne qui surexcitent notre système nerveux, accélèrent notre rythme cardiaque et font monter notre tension musculaire et artérielle.

La marche constitue un excellent moyen de se vider l’esprit. Elle procure une évasion au grand air où la présence du soleil favorise le retour à l’optimisme, et la sensation d’espace au gré des paysages que nous traversons procure une sensation analogue sur le mental.
Tout comme dans le cas de la méditation, elle permet de commencer progressivement à lâcher prise et place l’esprit dans un état de conscience légèrement modifié à même de l’apaiser. D’autre part, la pratique de l’activité physique génère une production d’hormones spécifiques qui assurent un bien-être et un confort physique particulièrement agréable.

De plus, elle ouvre un nouveau centre d’intérêt pour celui qui s’y adonne régulièrement en organisant de véritables « plans de marche » où chacun peut jouer sur la longueur du parcours et son dénivelé, sa vitesse (marche détente ou marche rapide) et la convivialité active et solidaire
dans le cadre de « groupes de marche ».

Pour récapituler les bienfaits de cette activité douce et aérobie, qui doit être effectuée de manière régulière et suivie pour porter ses fruits, nous dirons qu’elle crée les conditions d’une vraie détente, physique et mentale, en changeant les idées et en changeant l'humeur, qu’elle procure une plus grande estime de soi et un plus grand sentiment de compétence, tout en donnant le temps et l'occasion d’avoir accès à des réflexions que la vie active contraignante ne permet pas toujours, notamment vis-à-vis de soi-même et en régulant les réactions émotionnelles et physiologiques qui se produisent lors d'une épreuve stressante.

Mais la marche peut encore aller au-delà et devenir spirituelle. Elle devient alors contemplative, dans le silence et la solitude, afin de favoriser un contact avec son intériorité et de se retrouver soi-même en son for intérieur.

A ce moment-là, le chemin devient cheminement et, en marchant consciemment vers soi, on arrive à trouver l’être réel que nous sommes, tout surpris de le découvrir au détour d’un sentier dans le plus simple appareil d’une présence spirituelle.

Satisfaire un plaisir, combler un besoin, obtenir un bénéfice,
c’est tout à la fois ce qu’autorise la marche.
Aussi, charité bien ordonnée commençant par soi-même,
j’ai décidé de me consacrer à cet exercice, tout le mois de juillet 2009,
en allant

cheminer sur les sentiers de Saint Jacques,
du Puy en Velay à Saint Jean Pied de Port.




« Ultreia, ultreia, et suseia / Deus adjuva nos. »

« Allons plus loin, plus haut / Que Dieu nous aide. »

“ Faire le chemin, c’est faire l’apprentissage de la porte étroite. Se dépouiller, partir, quitter ses proches, ses amis, ses biens, sa carte de visite, pour n’emmener que l’essentiel, six à huit kilos de nécessaire pour vivre au jour le jour.
Au présent.
Mais, pour bien vivre une telle expérience, il faut partir au moins trois semaines. C’est le temps qu’il faut pour abandonner ses peurs,
et n’être plus qu’avec soi même.”


Jean L. Faycelles , cité par Jean-Claude Bourles, dans “Passants de Compostelle”, chez Payot

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