vendredi 9 janvier 2009

Christiane Singer - Morceaux choisis


« Éloge du mariage,
de l'engagement
et autres folies »
Christiane Singer

« La vraie aventure de vie, le défi clair et haut n'est pas de fuir l'engagement mais de l'oser.Libre n'est pas celui qui refuse de s'engager.Libre est sans doute celui qui ayant regardé en face la nature de l'amour - ses abîmes, ses passages à vide et ses jubilations - sans illusions, se met en marche, décidé à en vivre coûte que coûte l'odyssée, à n'en refuser ni les naufrages ni le sacre, prêt à perdre plus qu'il ne croyait posséder et prêt à gagner pour finir ce qui n'est coté à aucune bourse : la promesse tenue, l'engagement honoré dans la traverse sans feintes d'une vie d'homme.

Sans la frontière que lui imposent les côtes et les falaises, l'océan noierait la terre et irait se perdre en trombes dans l'infini comme l'eau qui s'écoule d'une outre crevée.

Ce qui rend le mariage si fort et si indestructible, c'est qu'il réunit un homme et une femme autour d'un projet.D'un projet fou.Souvent voué à l'infortune.D'un défi quasi impossible à réaliser et impérieux à oser.Le drame serait de ne pas tenter l'impossible, de rester, une vie entière, à la mesure de ce qu'on peut.

Ce qui rend le mariage si lumineux et si cruellement thérapeutique, c'est qu'il est la seule relation qui mette véritablement au travail.Toutes les autres relations aventureuses et amicales permettent les délices de la feinte, de l'esquive, de la volte-face et de l'enjouement.

[...] les épreuves ne sont pas en mariage le signe qu'il faut clore l'aventure mais souvent, bien au contraire, qu'il devient passionnant de la poursuivre.
Le monde est hanté de tous ces êtres détournés d'eux-mêmes et trafiqués par d'autres comme des moteurs de voitures volées !
Aimer c'est délivrer l'autre de mes bonnes intentions - et de moi-même. L'énigme qu'est l'Autre recule comme l'horizon à chaque pas que tu fais vers lui.Ces êtres de dialogue, de partage et de mouvance que nous sommes, vivent de la magie des rencontres, meurent de leur absence. Chaque rencontre nous réinvente illico - que ce soit celle d'un paysage, d'un objet d'art, d'un arbre, d'un chat ou d'un enfant, d'un ami ou d'un inconnu. Un être neuf surgit alors de moi et laisse derrière lui celui qu'un instant plus tôt je croyais être.

Sans les arbres dans lesquels il joue, le vent resterait invisible.

Nombreux sont ceux qui disent : on ne peut pas aider tout le monde, et n'aident personne. »

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